Maurice Ravanne, Homme d’engagements

Maurice Ravanne, enseignant, militant associatif, élu de la République, libre penseur, est décédé vendredi 7 janvier 2022.

Il était né le 23 juin 1933 à Dreux. Fils d’une mère au foyer et d’un père cheminot, « bouffeur de curés » digne de la Troisième République. Surprotégé par ses parents, il vit dans l’ombre d’une sœur aînée décédée avant qu’il ne naisse. La famille réside dans un logement HBM (Habitation à Bon Marché) près de la place de Verdun. L’entrée à l’école est pour le petit Maurice un enchantement, une ouverture sur une société enfantine à laquelle il n’était pas habitué. Maternelle à l’école Jules-Ferry puis à partir de 1939, cours élémentaire à l’école Ferdinand-Buisson, avec un instituteur qui le marque, Louis Fauvel, blessé lors de la guerre 14-18 et amputé d’un bras.

Son enfance est rythmée par la guerre suivante. D’abord la mobilisation des pères de ses copains qui partent avec leurs musettes. Un moment poignant dans le quartier. Son père, en tant que mécanicien ferroviaire, est affecté sur place. Lors des bombardements des 11 et 12 juin 1940, il est caché dans la cave de chez sa grand-mère, boulevard Dubois. Un véritable traumatisme. Le lendemain, accompagné par sa mère, il prend la route avec son petit vélo vert jusqu’à Mondoubleau. Quatre ans plus tard, il vit la libération de Dreux depuis son lit, victime de la scarlatine.

Le seul salaire du père et l’impossibilité d’obtenir une bourse, car enfant unique, brident les études de l’élève brillant. Il s’accroche cependant. Son professeur de mathématiques l’encourage à tenter le concours de l’École Normale. Il fréquente celle de Chartres de 1949 à 1953, date à laquelle il entre dans la carrière. D’abord à Voves où il crée le foyer laïque pour occuper la jeunesse le jeudi après-midi, puis à Aunay-sous-Auneau. Il est de retour dans sa ville natale où il enseigne dans différentes écoles et au préventorium. Au début des années 1980, il donne un nouvel élan à sa vie professionnelle en devenant principal de collège. Comme à ses débuts d’instituteur, il officie à Voves, dans un établissement promis à la fermeture à cause de ses faibles effectifs. Sa fierté de « laïcard » est d’avoir réussi à le maintenir en vie grâce au débauchage d’un bon nombre d’enfants d’agriculteurs en provenance du privé. A Dreux, ensuite, Maurice Ravanne dirige le collège Louis-Armand. Il fait valoir ses droits à la retraite en 1992.

Épris de culture, autant comme acteur que spectateur, Maurice Ravanne profite de son service militaire au 1er régiment du Train à Paris pour côtoyer quelques artistes : François Deguelt, Gilles Katz, René-Louis Lafforgue ou l’Eurélien Maurice Fanon. Ces dernières années, il a écrit deux romans : La Souris, s’inspirant de la vie cheminote, et Le Compagnon de Prasville, aux éditions Ella (Lèves).

Maurice Ravanne était un homme d’engagements. Syndical au départ. Il fut l’un des leaders drouais de Mai 68, représentant la FEN (Fédération de l’Education Nationale). Lors de cette période, il se remémore ses premiers souvenirs politiques : l’apprentissage de la lecture en déchiffrant l’éditorial du « Populaire », la période du Front populaire, où juché sur les épaules de son père, dans une marée de drapeaux rouges, les collègues de son paternel lui apprenent à serrer et à lever le poing. Lors des manifestations en 1968 donc, un pincement au cœur et un brin de nostalgie l’accompagnent.

Par ailleurs, il fréquente le monde associatif : le foyer laïque de Voves, l’harmonie municipale d’Aunay-sous-Auneau, des troupes de théâtre amateur, le comité de jumelage avec Koudougou au Burkina Faso et la présidence du cercle laïque de Dreux.

Maurice Ravanne était aussi l’une des figures politiques du dernier quart du XXème siècle en Eure-et-Loir. Il fait ses premiers pas aux élections municipales de 1965 sur la liste de Georges Rastel. Il ne sera pas élu. Il est partie prenante de la campagne et de la victoire de Françoise Gaspard et de la Gauche aux municipales de 1977. Son plus beau souvenir politique : « On n’y croyait pas. On était tellement persuadé qu’on ne gagnerait pas les élections. Et puis, nous voilà élus. La mairie nous tombe dans les mains. C’était à la fois un moment magique et de grande inquiétude ».

Il devient adjoint, puis est désigné pour siéger au conseil régional du Centre entre le communiste Jacques Raimbault, maire de Bourges, et Jean Royer, maire de Tours. En 1983, il suit de loin, étant affecté à Voves, l’épisode du « Tonnerre de Dreux » et la victoire du RPR allié au FN. En 1989, il est désigné tête de liste aux municipales drouaises. Il aurait pu reprendre la mairie si la Gauche n’était pas, déjà ou encore, divisée. Il siège dans l’opposition. Aux municipales de 1995 et 1996 (partielle), toujours en tant que tête de liste, il prend la difficile décision de retirer sa liste pour mettre en échec l’extrême droite aux portes du pouvoir municipal. De 1988 à 1994, il représente le canton de Dreux-Ouest au Conseil général. Au décès de Claude Nespoulos en 1992, il prend la présidence du groupe d’opposition. Il sera, ensuite, battu par Marie-France Stirbois.

Maurice Ravanne s’est toujours considéré comme un second couteau et jamais comme un « politicard ». De sa rencontre avec François Mitterrand, il garde un souvenir particulier. « Comme je le faisais avec les autres camarades, je l’ai tutoyé. Son regard noir m’a fait comprendre mon erreur. » Il dit avoir vécu des moments formidables et de belles rencontres. « Pierre Mauroy était un type extraordinaire et un bon vivant, Defferre : un bandit sympathique, Dubedout (maire de Grenoble) : la crème des hommes. », Mes relations avec Rocard ? Je n’y croyais pas, je vivais un rêve. Ce n’étais pas possible. Ce n’était pas moi. Je n’étais pas à ma place… »

Pierre Haurant

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