Sur les toits, de Frédéric Verger

Photo Francesca Mantovani.

En cet automne et après une rentrée littéraire bien chargée avec, comme d’habitude, les mêmes qui se partagent la couverture médiatique, les lecteurs plus aventureux et les plus curieux se soucient de trouver la pépite qui les transportera vers un ailleurs.

Parmi ces pépites, il y a un auteur qu’il faut découvrir de toute urgence. Il ne fait pas de bruit et n’envahit pas les plateaux de télévision. Ce qui est bon signe. Son roman Sur les toits, est un véritable rendez-vous à un voyage littéraire. Porté par une écriture que l’on aimerait plus souvent découvrir, ce livre nous transporte dans le temps et nous engage à suivre les aventures d’un jeune garçon et de sa sœur. Avec comme cadre principal Marseille, on peut dire que le décor est planté.

Frédéric Verger, puisqu’il s’agit de lui, nous emporte dans son histoire en pleine Seconde Guerre mondiale. Mais à la lecture, cette histoire trempe dans l’ambiance du 19e siècle voire de l’entre-deux-guerres et des films réalistes en noir et blanc comme ceux de Marcel Carné. Nous sommes en 1942. Helen, chanteuse anglaise sans gloire, s’est réfugiée à Marseille avec ses deux enfants. Sans le moindre argent, elle loge avec son fils et sa fille sous une mansarde. Malade et abandonnée de tous, elle ne peut quitter son lit.

Compte tenu de son état de santé, elle doit s’organiser pour que ses enfants restent ensemble et échappent à l’orphelinat où ils seront obligatoirement séparés. Une solution s’impose aux yeux d’Helen : que ses enfants s’installent sur le toit en attendant son retour. Alors qu’elle quitte de force son logement qui sera condamné, le garçon et sa jeune sœur Liola n’ont plus d’autre choix que de rejoindre leur abri de fortune.

Avec un sens de la narration que l’on ne retrouve plus, Frédéric Verger fait vivre des aventures aussi surprenantes les unes que les autres à ces deux enfants. Les personnages de rencontre ne manquent pas de panache chacun dans leur style et leur humanité. Il y a pour commencer ‘‘le brigadier’’, véritable fil rouge de cette histoire et un enfant pour le moins surprenant avec lequel il fait équipe. Se déclarant joueur de billard imbattable, il demande à son ami d’infortune de lui ramener les spécialistes de Marseille pour organiser des duels. Allant à la rencontre des meilleurs joueurs de billard, le jeune garçon découvre l’ambiance de toute une ville. Mais c’est bien sur le toit qu’il vivra avec sa sœur de bien surprenantes aventures, jusqu’à monter un spectacle avec ces damnés de la terre.

Pascal Hébert

Sur les toits, de Frédéric Verger, éditions Gallimard, 388 pages, 21 €.

Trois questions à Frédéric Verger

– Qu’est-ce qui vous a inspiré cette histoire ?

La situation de départ : des orphelins obligés de vivre sur les toits.

– Que représentent pour vous ces deux enfants livrés à eux-mêmes ?

Le désir de vivre libre, avec intensité et loin des bavards.

– Vous nous livrez une galerie de portraits de personnages qui appartiennent à une époque révolue. Pensez-vous que notre siècle et le politiquement correct ont engendré une population trop uniforme ?

Je ne cherche pas tant à écrire sur le passé qu’à inventer un territoire où la question de l’époque ne se poserait plus au lecteur. Quant à la deuxième partie de votre question, je ne peux mieux y répondre qu’avec une observation: regardez une photo de 1930 où tous les hommes porteraient veste noire et chemise blanche et vous seriez frappé par la particularité de chaque visage, sur celle d’une rue aujourd’hui où triomphe l’apparente diversité des couleurs et des vêtements, vous aurez l’impression d’un troupeau. Paradoxe étrange, à méditer. Peut-être la terreur fondamentale des contemporains est-elle de ne pas trouver un troupeau où se fourrer.

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