L’aménagement du quartier de la gare sera-t-il une réussite ?

On peut en douter sérieusement. Le scénario rêvé (dans la tête des élus de la majorité de Chartres) pour cette opération ne s’est pas produit à cause d’une mauvaise planification, de choix contestables, sources de nombreux recours, et d’avis négatifs des deux premières enquêtes publiques, relatives au projet du fameux complexe culturel et sportif, dit « petit zénith ». Celui-ci ne représente que 15 000 m² des 95 000 m² de surface de plancher du programme global des constructions à réaliser (équipement, logements, hôtel, services). L’avancement de cette ZAC, lancé en 2012, est très laborieux, aucune réalisation n’est achevée.

Un peu d’histoire

L’entêtement du maire de Chartres à vouloir implanter à tout prix un centre commercial en lieu et place de Chartrexpo n’a pas permis d’étudier la possibilité d’y réaliser le complexe sportif qui aurait pourtant eu toute sa place : parkings faciles à réaliser et voie de dégagement adaptée, proche de la rocade.

D’où l’idée (malheureuse) d’implanter cet équipement entre la gare et le quartier de l’Epargne sous prétexte de la proximité des trains, des bus et du centre-ville. Il a été dit et répété que ce terrain était peu adapté et difficile d’accès et que le projet était surdimensionné : ce qui induit immanquablement des surcoûts (voir projets similaires moitié moins chers…). Tous ces aléas ont entrainé des années de retard et de confusion. La gare routière, prématurément démolie, n’a pas trouvé d’autre place que le parking du COMPA, lequel conservatoire s’en trouve (provisoirement?) condamné.

Aujourd’hui

Une passerelle dotée d’un escalier monumental, même pas abritée des intempéries et sans dispositif pour faire rouler sa valise ou son vélo, a été partiellement construite (et pompeusement inaugurée). Pour couronner le tout, un immense parvis minéral a été réalisé devant la gare, inutile et privé d’arbre. Un parking « offert » à Qpark est enfin en construction. La « plateforme d’échange multimodale » est prévue au-dessus.

Qu’en est-il précisément ?

Le dossier de réalisation modifiée de cette ZAC « pôle gare » a été mis à la disposition du public pendant un mois à partir du 16 septembre dernier, lequel public a pu déposer des observations. Il faut savoir que la synthèse** de ces observations sera établie par la Ville et rendue publique mi novembre. Autrement dit, il y a peu de chance qu’il soit tenu compte des remarques pertinentes.

C’est pourquoi, faute de transparence de l’information municipale et du journal local, nous pensons utile de vous communiquer l’essentiel des contributions apportées au projet de la ZAC par le public :

– sur la pertinence de l’emplacement du complexe sportif : il n’y a ni trains, ni cars régionaux aux heures de sortie de spectacle en soirée, donc la grande majorité des spectateurs viendront en voiture, d’où risque d’embouteillage.

– sur la capacité de l’équipement : il est évoqué 5 880 personnes contrairement au permis de construire qui indiquait 4 198 personnes.

– sur les nuisances sonores : le quartier de l’Epargne sera très impacté et un écran végétalisé entre la nouvelle voie et la rue du Chemin de Fer sera insuffisant.

– sur la circulation et le stationnement : vu le temps estimé pour sortir du futur parking, beaucoup de voitures finiront par se garer dans les rues avoisinantes, du quartier et de Mainvilliers, d’où des nuisances supplémentaires. L’étude d’impact spécifique sur le parc de stationnement prévue par la MRAe** n’a toujours pas été réalisée, laquelle MRAe avait conclu que « les incidences du projet d’ensemble auraient dû être traitées dans une seule et unique évaluation. Il conviendra dès lors de produire une étude d’impact actualisée pour l’ensemble de la ZAC au moment de la procédure concernant le parc de stationnement ».

– sur la programmation : l’obligation de création de commerces et services n’est pas notifiée, les 25 000 m² dédiés au logement ne sont ni localisés ni détaillés.

– sur le traitement des eaux pluviales : son évacuation n’est pas suffisamment définie pour maîtriser les risques d’inondation dans les parties basses et sous-sol des constructions.

– sur la végétalisation des espaces publics : d’une part les premières réalisations ne respectent pas les plantations indiquées sur les plans et d’autre part « l’aménagement d’une coulée verte, d’espaces verts de transition » prévus au SCOT n’est pas indiquée sur les plans de la ZAC.

– d’autres observations ont trait aux dimensionnements des voies (piétons, vélos et véhicules), qui semblent insuffisants, en particulier sur le pont Casanova qui est très étroit…

On voit donc que beaucoup de choses restent à régler ou à améliorer.

Attendons de voir la synthèse…

Si tout n’est pas rattrapable, il faut espérer que les aménagements de la ZAC seront mieux étudiés, que les coûts de travaux ne vont pas encore s’envoler, que les délais seront respectés et surtout que les demandes des riverains seront entendues.

Patrick Chenevrel

* Dans ce type de procédure : voir aussi la synthèse des observations du public sur la modification simplifiée n°2 du PLU (mai 2021) : les critiques pourtant justifiées sont restées sans effet. Ainsi les règles de construction trop laxistes permettent aux promoteurs de raser maisons et jardins et d’y construire un maximum de mètres carrés. Idem pour la synthèse concernant le permis de construire de « l’équipement plurifonctionnel culturel et sportif » (suite à la participation du public en juin/juillet 2020), alors que les deux tiers des observations ont été défavorables au projet mais ignorées.

** MRAe : Mission Régionale d’Autorité environnementale.

7 Commentaires

  1. Et pendant ce temps là, le musée des beaux-arts et son bel écrin attendent toujours de voir pointer « l’aube (de leur) renaissance », tambourinée en une de la pravda municipale n° 167 de mai 2017 !

  2. Avec ce 4ème mandat, le fait que Chartres et son agglo sont tombés aux mains d’une équipe d’irresponsables est « mis en lumière » ! Ça ne fait plus aucun doute, le résultat est là, c’est malheureusement trop tard : la ville est défigurée, les finances sont plombées ! Il n’y a que le chef d’équipe pour s’en réjouir à chaque publi-reportage de la voix de son maître, dernier en date, la pompeuse inauguration de l’hideuse passerelle réalisée dans le plus pur mauvais goût gorgien.

  3. A l’instar du pôle administratif il est à craindre que le complexe culturel et sportif dérape en durée de chantier et en coût : le budget initial était de 30 millions d’euros. Le coût dépassera probablement les 60 millions HT (travaux, honoraires, conduite d’opération (attribuée à la SPL Chartres Aménagement), frais divers. Les mêmes architectes ont réalisé à Blois sur une friche industrielle une salle de sport « du Jeu de paume » de 3000 places avec un budget inférieur à 30 millions ! C’est donc surtout le choix d’un terrain très contraignant et d’un « design futuriste » qui est la source du surcoût de la salle Chartraine.

  4. « Si tout n’est pas rattrapable, il faut espérer que les aménagements de la ZAC seront mieux étudiés, que les coûts de travaux ne vont pas encore s’envoler, que les délais seront respectés et surtout que les demandes des riverains seront entendues. » Deux solutions sont possibles : rêver ou prier !

  5. Ce que l’on peut déjà constater et déplorer (qui saute aux yeux et fait mal) c’est l’absence manifeste d’intelligence et de cohérence architecturales des lieux !

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