Rien ne t’appartient, de Natacha Appanah

Photo C. Hélie.

Alors que dans nos sociétés bénies, on se chamaille sur le pass sanitaire ou le droit de se faire vacciner ou pas, ailleurs, pas très loin de la France, ce paradis que beaucoup d’autochtones voient comme un enfer, il est plutôt question de survie. Natacha Appanah est bien là pour nous le rappeler avec son dernier roman Rien ne t’appartient. Une fois de plus, la littérature nous permet de voyager sans prendre l’avion. Et parfois, la dure réalité nous attend à la sortie de l’avion et là, en l’occurrence, dans chaque ligne de cet excellent livre.

Le mari de Tara vient de mourir dans cette France qu’elle a rejointe. A peine s’est-elle reconstruite que Tara doit affronter ses démons en traversant un nouveau deuil. Le bonheur de l’enfance est bien loin pour Tara qui voit resurgir les images d’un passé que certains ont tenté de lui effacer avant de l’emmurer. Aimé par des parents en pleine opposition avec la direction d’un pays où la liberté des hommes n’existe pas, Tara fait doucement renaître Vijaya, la petite fille qu’elle a été dans ce monde familial et protégé. Avec un père lettré qui préfère être le précepteur de sa fille plutôt que de l’envoyer à l’école, et une mère, femme sorcière, femme magicienne, femme lune qui sait accrocher les cœurs, Vijaya ne manque pas d’affection.

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille. La dure réalité d’un pays sous contrôle où la vérité n’est pas bonne à dire, rattrape l’enfance pour la jeter à terre. Les parents de Tara meurent dans un incendie et Vijaya se retrouve emprisonnée dans une famille où elle est exclue. Le soleil s’obscurcit dans la vie de Tara qui possède une envie de vivre au dessus de tout, des réprimandes et des punitions. Celle qui prenait plaisir à danser et à vivre livre son corps à un homme. Enceinte et devenue cette femme gâchée, elle sera confiée à une ONG dirigée par une femme sans scrupule et qu’elle devra servir. Vijaya accueillera les filles gâchées en essayant de leur maintenir un minimum de dignité jusqu’à finir par se rebeller. Les ennuis n’arrivant jamais seuls avec la nature se rebellant comme elle sait si bien le faire, Tara sera prise dans un tsunami où elle en sortira le corps brisé… mais vivante. A l’hôpital, où elle finit par arriver, les médecins, dont son futur mari, répareront le corps de la jeune femme dont le cœur est également en mille morceaux.

Le destin de Tara est lié à la mort toujours en embuscade derrière elle, comme une ombre insaisissable, toujours prête à s’abattre sur elle à la moindre occasion.

Pascal Hébert

Rien ne t’appartient, de Natacha Appanah, aux éditions Gallimard, 160 pages, 16,90 euros.

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