Mohican, d’Eric Fottorino

Photo Francesca Mantovani.

Avec Marina A, Eric Fottorino nous avait livré une performance littéraire comme on les aime. Avec Mohican, nous passons dans un autre registre tout aussi brillant. Le monde agricole que l’on a trop souvent décrié au cours des dernières années, sans oublier le mépris de certains citadins, est au cœur de l’excellent roman d’Eric Fottorino. Excellent, le mot pèse de tout son poids. Pour ceux qui veulent comprendre l’évolution de notre agriculture mais aussi en parallèle celle de notre société dite de consommation, il faut lire Mohican.

C’est bien simple tout y est dit. Et c’est là que se situe la performance d’Eric Fottorino. Dans ce livre, où tout est parfaitement et clairement résumé, l’auteur ne juge pas. Il présente les faits et les résultats sur notre environnement et sur ceux qui exploitent la terre sans comprendre ce qui se passe. Grâce à une société de mécanique moderne, les agriculteurs étaient devenus, après la Seconde Guerre mondiale, les nouveaux soldats de la paix. Ceux qui allaient nourrir la planète.

Seulement voilà, le diable se cache souvent dans toutes les bonnes intentions. La technologie, la recherche ont permis de développer des matériels et des produits chimiques pour augmenter les rendements. Avec l’aide des banques, les agriculteurs, toujours le nez dans le guidon et armés par cette idée de nourrir l’humanité, se sont laissé piéger dans le tourbillon infernal. De ces années 70 où l’on s’engage sans limite dans les rendements, à celles d’aujourd’hui où même à un stade élevé de production l’exploitation des terres n’est plus rentable, les agriculteurs et éleveurs ont perdu le nord. Les maladies dues aux produits chimiques et les prix bas ont raison d’une profession que l’on décrie. Après avoir été des héros, les agriculteurs sont montrés du doigt comme des pollueurs de la terre et de l’environnement.

Dans son roman, Eric Fottorino relate la vie d’agriculteurs dans le Jura. Le père qui a tendu les bras à la modernité va mourir d’un cancer. Son fils est un apôtre de la lenteur et n‘a pas l’intention de reprendre l’exploitation comme son père. Eric Fottorino avec brio, tendresse et émotion narre les relations entre un père et son fils que tout oppose. Devant le chaos imminent, comme une fin du monde ou d’un monde, le père se laisse convaincre que l’avenir passera par les éoliennes. Un moyen de se racheter avant de tirer sa révérence et de croire qu’il pourra quitter cette terre en y laissant une énergie propre. Le père se justifie : « Sans la chimie, sans nos machines, jamais on n’aurait fait de notre pays une puissance agricole. C’est bien beau à présent de rêver écologie, petites fleurs et légumes bio. Mais si on était partis dans cette direction après la guerre, crois-moi, il y a longtemps qu’on aurait crevé de faim. », et de dire aussi : « Nous autres les hommes on en veut toujours plus. C’est notre grande différence avec les oiseaux. » Et c’est bien là le problème !

Pascal Hébert

Mohican, d’Eric Fottorino, éditions Gallimard, 276 pages. 19,50 euros.

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