La mémoire du « 9-11 » (6)

Sur le site de Ground zero, NYC.

Ce mardi 11 septembre 2001, je travaillais à mon bureau chez American Express, voyages d’affaires. Les voyages d’affaires étaient nombreux, les gens avaient oublié la guerre du Koweït. Le business était bon, et les gens n’avaient plus peur.
14 heures 30, une collègue me dit : un avion vient d’entrer en collision avec l’une des tours du World Trade center. On regarde sur Google et, en effet, cette information est confirmée. Tout le monde autour de moi se regarde et se demande comment cela peut arriver. Un problème d’aiguillage, les tours du contrôle des aéroports ont-elles eu un raté ? Tout le monde essaie de comprendre mais continue à travailler malgré tout.
16 heures 03, heure de la deuxième attaque, de nouveau, une collègue me dit qu’un avion est rentré dans le WTC. J’ose faire de l’humour en disant : « Oui, je suis au courant, il était temps que tu l’apprennes ! ». Elle me répond : « Il s’agit d’un deuxième avion ! »
Tout le monde autour de moi comprend alors ce que nous vivons : un double attentat.
Au même moment, Amadeus, notre outil informatique qui permet de réserver des voyages, se bloque. Impossible de se connecter. Les appels diminuent. Les personnes nous appellent toujours pour réserver, mais se posent des questions au sujet de ce qui se passe. Nous aussi d’ailleurs. Nos clients en voyage aux États-Unis nous appellent, ils pensent que nous avons plus d’informations. Car les vols intérieurs américains ont du retard ou sont annulés. Nous les renvoyons aux guichets des compagnies aériennes, mais le personnel n’est pas plus au courant.
Le soir, mes collègues et moi sommes pressés de rentrer chez soi pour suivre les informations. Les chaînes françaises font des éditions spéciales.
On découvre avec horreur toutes les images. D’autres avions ont essayé d’attaquer d’autres sites, il est évoqué rapidement une attaque de la Maison Blanche. La soirée est longue car scotché devant le poste de télévision. Je regarde l’émission spéciale qui dure.
Le lendemain, retour au bureau. Personne ne veut plus prendre l’avion, les gens sont traumatisés par ces images qui ont l’air de sortir d’un film sorti d’Hollywood. La direction de l’agence décide de retirer les drapeaux indiquant que nos bureaux sont ceux d’American Express… Une nouvelle crise de l’aviation s’annonçait encore.

*

Je suis à Béthune dans le Nord, pour y enregistrer une émission de télévision en tant que musicien pour l’antenne régionale de France 3.
Alors que nous allons commencer l’enregistrement après les réglages d’usage, les techniciens semblent préoccupés et peu disponibles. Tous rassemblés autour d’un petit poste de télévision dans les coulisses du théâtre où je me trouve.
Le responsable de l’émission vient vers les artistes pour nous annoncer qu’une attaque terroriste est en cours aux USA. Comme nous avons déjà pris beaucoup de retard sur l’horaire prévu et vu l’agitation qui règne chez les gens de la télé, je demande si on peut commencer à enregistrer quand même. On enregistre deux des quatre chansons prévues, mais bientôt, on nous signifie que les circonstances imposent de rapatrier tout le personnel à la rédaction. Tout s’arrête assez brutalement.
Sur le coup, je suis un peu stupéfait que nous soyons ainsi éconduits. Je plie mon matériel sans avoir conscience de ce qui se déroule aux infos. Je charge ma voiture et me mets en route pour rentrer en région parisienne, où je résidais à l’époque.
Tout le long du trajet, environ 2 heures 15, j’écoute la radio dans ma voiture. J’avoue être interpellé par ce que j’entends. Des avions se seraient jetés sur les tours du WTC à New-York. Cela paraît incroyable. Les experts en tout genre, comme c’est l’usage dans les médias, se succèdent pour expliquer qu’on ne sait pas exactement ce qu’il convient d’en déduire. Pour le moment, l’info est focalisée sur les dégâts, les victimes et la panique à Manhattan.
Rentré chez moi, j’allume évidemment la télé sur une chaîne d’info en continu. Je vois et revois en boucle les images des avions s’encastrant dans les tours. Ça semble tellement incroyable, comme dans un film. Des gens qui se jettent des immeubles en feu… Une horreur.
Je dois confesser être resté scotché devant mon écran télé sans arriver à m’en détacher. La réaction du président américain de l’époque (qui visitait une école ce jour-là, dans mes souvenirs) était éloquente. Il semblait vivre un mauvais rêve. On venait d’attaquer la première puissance mondiale. Des milliers de victimes, apparemment du terrorisme islamiste. J’ai ressenti une grande sensation de malaise devant ces événements. Une énorme tristesse… Pas de colère mais du désabusement face aux excès dont certains hommes sont capables au nom d’une idéologie. Un sentiment d’injustice et celui de me sentir inutile face à tout cela.
Comme beaucoup, je crois, j’ai été le voyeur passif des images que l’on m’a montré ce jour-là. Je n’ai revécu cette sensation que le 7 janvier 2015 avec l’attentat de Charlie Hebdo.

La mémoire du « 9-11 » (1)
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« 9-11 »
Il y a 19 ans…

 

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