Tout recommencera…

Photo Gérard Leray

Tout recommencera.

Ce sera un petit matin d’été 1942. Andromaque se sera éveillée tôt ce matin-là. Elle restera longtemps allongée, les yeux ouverts, baignée de la fraîcheur de l’aube.

A ses côtés, reposera le corps chaud d’Hector qu’elle aime.

De l’autre côté du mur, dans la chambre d’enfant, dormira paisiblement leur fils Astyanax.

Tendant l’oreille, Andromaque percevra dans le lointain les rumeurs de la Capitale qui s’éveille : les premiers autobus, les premières voitures, des hommes, des femmes qui pressent le pas, tout engourdis d’une nuit trop vite écourtée.

Et Andromaque se blottira contre le corps nu d’Hector qu’elle aime quand elle entendra sonner.

Un coup de sonnette puis deux. Insistants. Puis des coups de poing, des coups de pied dans la porte, puis un ordre déchirant le calme de ce petit matin d’été 1942, une voix d’homme : « Ouvrez Police ».

Andromaque et Hector se lèveront, passeront un vêtement pour aller ouvrir, vaguement inquiets.

Dans la chambre d’enfant, Astyanax aura été tiré de son sommeil et il appellera doucement « Maman maman « .

La porte s’ouvrira sur un policier français.

« Habillez-vous vite, préparez une valise. Emportez le strict minimum et surtout pas d’histoires »

Ils traverseront Paris en autobus jusqu’au Vélodrome d’hiver. Paris désert. Paris en guerre. Paris la dernière fois.

Tous trois réunis à Paris pour la dernière fois.

Tout recommencera.

Ainsi, le train.

çà recommencera.

Wagons plombés

Voyage au bout de la nuit

Au bout de l’enfer

Nacht und nebel.

Andromaque serrera Astyanax dans ses bras.

Hector sera parti de Drancy quelques jours plus tôt.

Destination : Auschwitz, Maïdanek, Sobibor, Buchenwald.

Andromaque bercera Astyanax, veuve déjà d’Hector.

Ainsi, le camp.

çà recommencera

Chambres de la mort Zyklon B Acide prussique

Voyage au bout de l’enfer.

Des jours et des nuits, sans même pouvoir se coucher

Astyanax pleurera des jours et des nuits.

Enfin le train s’immobilisera, les portes s’ouvriront.

Sur le quai les uniformes noirs à tête de mort.

Andromaque, veuve déjà d’Hector verra s’éloigner Astyanax conduit au bâtiment des douches.

Chambres de la mort

Zyklon B

Acide prussique

Philippe Lipchitz

3 Commentaires

  1. Si l’on en croit cet article de l’écrivain chinois MA JIAN publié ce jour dans « Le Monde », on peut dire que tout recommence : » (…) Les images de détenus ouïgours , les mains enchaînées et les yeux bandés, la tête rasée et inclinée, que l’on entasse dans des trains; les images de camps d’internement (…) hérissés de miradors, enclos de barbelés et de murs élevés; celles de prisonniers forcés à sourire et à chanter devant les équipes d’inspection étrangères, les yeux embués de désespoir; les récits de tortures, de viols, de stérilisation forcée et d’endoctrinement racontés par les rares Ouïgours qui ont réussi à s’enfuir.(…) Il est effroyable que, pour sauver quelques accords commerciaux crasseux avec la Chine, les dirigeants politiques des démocraties occidentales ne fassent guère plus qu’accorder l’asile à quelques citoyens hongkongais et exprimer leur « inquiétude » à propos des violations des droits humains par la Chine. (…) »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/07/24/ma-jian-tous-les-chinois-ont-ete-mentalement-incarceres-par-le-parti-communiste_6089428_3232.html

  2. Il est bien de rappeler ces moments sombres de notre histoire ; et toutes les autres.
    Mais les paroles sont une chose …
    Combien de personnes à la cérémonie d’hommage aux victimes d’acte de racisme et d’antisémitisme et d’hommage aux « Justes parmi les nations » ?
    Combien de personnes aux commémorations, d’une façon générale ?
    On lutte contre le réchauffement climatique mais on se garde bien de lutter contre le refroidissement mémoriel.

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