Vivre avec nos morts, de Delphine Horvilleur

Hasard ou pas ? La pandémie du Covid 19 et son cortège de malades et de décès nous incitent fortement à repenser notre humanité. En ces temps bénis des dieux, où la guerre épargne nos civilisations, un fléau s’abat sur nos êtres nous rappelant – car nous l’avons oublié – que nous ne sommes pas les maîtres du monde mais bien de simples locataires… de passage. En cette période inédite, où nous avons besoin d’être consolés, la rabbine Delphine Horvilleur publie Vivre avec nos morts.

Entre récit, réflexion et confession, Delphine Horvilleur se penche sur le deuil et la place de la mort dans notre vie. Comment nous transformons nous lorsque des êtres proches nous quittent ? En tant que rabbine, elle est très souvent sollicitée par les familles pour accompagner les femmes et les hommes qui ont besoin de récits à un moment charnière. Donner un sens à la mort en puisant dans les textes sacrés, telle est la mission de Delphine Horvilleur. A travers ses témoignages émouvants, parfois drôles, la médiatique rabbine partage avec nous son travail d’accompagnement mais aussi ses difficultés à être présente en ces moments où les mots sont souvent vides et certainement mieux remplacés par des accolades qui en disent davantage.

La disparition d’un être cher se heurte au vide et à l’inconnue. Pour Delphine Horvilleur : « Personne ne sait parler de la mort, et c’est peut-être la définition la plus exacte que l’on puisse en donner. Elle échappe aux mots car elle signe précisément la fin de la parole. Celle de celui qui part, mais aussi celle de ceux qui lui survivent et qui, dans leur sidération feront toujours de la langue un mauvais usage. Car les mots dans le deuil ont cessé de signifier. Ils ne servent souvent qu’à dire combien plus rien n’a de sens. »

Outre des anonymes, Dalphine Horvilleur évoque ‘‘les filles de Birkenau’’ : Simone Veil et sa grande copine de captivité Marceline Loridan-Ivens. Deux femmes de tempérament qui avaient choisi d’être libres.
Delphine Horvilleur n’élude pas la question que chacun se pose : qu’y a-t-il après la mort ? : « Les juifs affirment qu’ils ne savent pas ce qu’il y a après notre mort. Mais ils pourraient le formuler autrement : après notre mort, il y ce que nous ne savons pas. Il y a ce qui ne nous a pas encore été révélé, ce que d’autres en feront, en diront et raconteront mieux que nous, parce que nous avons été. » répond-elle.

La vie et la mort sont étroitement liées. On ne peut parler de l’une sans évoquer l’autre. Il est évident que tout a une fin et que nous sommes tous de passage, comme le dit si bien Graeme Allwright :
« J’ai vu Jésus, sur la croix, sur le mont Golgotha,
J’ai dit « En veux-tu aux hommes pour ce qu’ils t’ont fait? »
Il dit « Parle d’amour et pas de haine, pour toute la race humaine,
J’ai si peu de temps, je suis seulement de passage ». »

Pascal Hébert

Vivre avec nos morts, de Delphine Horvilleur, éditions Grasset, 222 pages, 20 euros.

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