Pétition : « Monsieur Blanquer, écoutez-nous ! »

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Comme nombre de leurs collègues, les professeur.e.s de français ont très tôt dénoncé l’ineptie de la réforme du lycée imposée par le Ministre de l’Education Nationale.

Depuis deux ans, ils subissent, et surtout font subir à leurs élèves, les réformes du programme et celle de l’Épreuve Anticipée de Français.

Leur vocation est de transmettre la saveur de la littérature, le plaisir de la langue, de l’expression d’une pensée en mouvement qui interroge le monde.

De former des personnes curieuses et ouvertes.

Enseignant.e.s, leur mission de SERVICE PUBLIC est d’éduquer des esprits critiques capables d’avancer, de comprendre et d’agir dans la société. Du moins le pensaient-ils …

Aujourd’hui les épreuves du baccalauréat de français contraignent au « gavage » des élèves. Elèves « entassé.e.s » dans des classes en outre trop chargées, dans lesquelles – contrairement à ce qu’affirme le Ministre de l’Éducation nationale- 35 élèves est loin d’être l’exception. Les professeur.e.s doivent appliquer à marche forcée un programme imposé, très lourd, souvent décalé voire inadapté. Ils sont privés de la liberté pédagogique indispensable pour s’adapter au mieux à leurs élèves dans leurs spécificités, leurs difficultés et leurs forces, pour réagir à l’actualité…

Un terrible attentat contre un enseignant témoigne de la volonté de détruire les valeurs de notre République. Dommage : pas le temps d’étudier les Philosophes des Lumières ! Pas la possibilité non plus de se concerter entre enseignants d’ailleurs… Il faut avancer : « faire » les textes et les points de grammaire.

Les élèves doivent lire et étudier (et donc acheter) 8 livres en un an, toutes séries confondues, générale comme technologique. Ils doivent en choisir un à présenter à l’oral du baccalauréat. Dernière trouvaille de la hiérarchie, fruit d’une réflexion jugée prioritaire en période de crise sanitaire (!) : les candidats n’auront pas le droit d’avoir entre les mains ce fameux livre lors de l’épreuve. Il ne faudrait tout de même pas qu’ils/elles soient rassuré.e.s ! Il ne faudrait tout de même pas qu’ils/elles puissent montrer qu’ils/elles se sont approprié cet objet-livre dont leurs professeur.e.s vantent la valeur face aux écrans envahisseurs.

La grammaire, réintroduite dans l’épreuve orale, est totalement déconnectée de l’accès au sens du texte. Les enseignant.e.s s’en émeuvent auprès de leur hiérarchie. Qu’à cela ne tienne : le Ministère alourdit le programme de révisions en l’étendant à celui de la classe de Seconde. Classe de Seconde qui a été suivie dans les conditions que l’on sait au printemps 2020 : une année partiellement confinée pendant laquelle les élèves n’ont pu étudier correctement.

Lassé.e.s, les professeur.e.s de français restent dociles malgré tout et continuent à demander par l’intermédiaire de leurs Inspecteurs Pédagogiques – qui semblent n’avoir plus que le pouvoir de mesurettes cosmétiques – le droit de bien faire leur travail. Leur expertise – comme celle de leurs collègues des autres disciplines d’ailleurs – est totalement méprisée.

Aujourd’hui, la crise sanitaire le montre de façon plus criante encore, cette réforme N’EST PAS BONNE POUR LES ELEVES. N’en déplaise à un certain syndicat lycéen, dont la communication est validée voire pilotée par le Ministère !

Nul besoin de manipuler les élèves. Ils le disent d’eux-mêmes à longueur d’année. « C’est trop lourd ! On n’y arrivera pas ! Ça va trop vite ! … », telle est leur litanie.

Beaucoup d’enseignant.e.s – comme leurs élèves – sont découragé.e.s. Ils/elles croient – ou croyaient…- en leur mission de service public, en une école publique, laïque, républicaine, qui donne sa chance à chacun.e, l’accompagne, avec exigence et ambition certes, mais en s’en donnant les moyens. Dans l’intérêt de chacun des jeunes citoyens et de chacune des jeunes citoyennes en devenir dont elle a la charge. Cette école que Jaurès évoque dans sa Lettre aux Instituteurs …

Les professeur.e.s de français demandent donc avec force :

  • En raison du contexte sanitaire et des différents protocoles mis en place dans les lycées depuis Novembre 2020 et jusqu’en Janvier 2021 au moins, l’adaptation pour les épreuves anticipées de français de 2021 des exigences du programme : revoir le nombre de textes à la baisse et se cantonner au programme de grammaire de 1ère pour l’interrogation orale.
  • L’autorisation pour les candidat.e.s de se munir de leur livre pour la seconde partie de l’entretien afin qu’ils/elles puissent s’appuyer sur une réelle appropriation de l’œuvre et non sur un discours appris par cœur.
  • La refonte complète du programme de Lettres, en maintenant le niveau d’exigence, bien sûr, mais en laissant aux enseignant.e.s la liberté pédagogique nécessaire à leur épanouissement et à celui de leurs élèves. Épanouissement rendu à nouveau possible par une approche large, diversifiée et sensible de la littérature et des arts.

Roxane Milet et Anne-Sophie Taulier, professeures de français en lycée

4 Commentaires

  1. Notre langue, pour nous comme dans chaque pays du monde, est un trésor commun. C’est la possibilité de communiquer avec ses semblables, de vivre dignement et parfois même de survivre : certains ont tenu dans les camps d’extermination grâce à la poésie. Et ils n’avaient pas d’écrans. La mission de nos profs de français est vitale.

  2. Assez d’accord avec Laurent ; il me semble avoir appris à l’école primaire que le masculin l’emporte au pluriel, donc lorsque l’on écrit « des professeurs », cette population peut comprendre à la fois des hommes et des femmes.
    Quant à Jean-Michel Blanquer , fils d’enseignante, il a eu au moins une élève devant lui, celle avec qui il s’est marié en secondes noces !

  3. https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/12/05/enquete-sur-la-galaxie-jean-michel-blanquer_6062260_823448.html
    A ce témoignage-appel qui émane du « terrain », on peut joindre la lecture de l’enquête très instructive du « Monde » de ce jour sur les réseaux tissés (dès 2005!) par ce ministre-techno qui n’a jamais eu un élève devant lui, enfin une classe, des classes, avec le devoir de les conduire dans l’acquisition d’un savoir délicat et dont aujourd’hui tant de choses contraires détournent les jeunes esprits. Enseigner la langue, la littérature, ce n’est pas un enseignement comme les autres. Nul ne devrait être ministre de l’Education Nationale qui n’est pas professeur, cela va de soi (ou cela devrait aller de soi), et de préférence professeur de français. La marche de la grande maison (qui n’est pas un mammouth, mais pourrait être un beau navire) en serait changée. Je signe!

  4. Peut-être serait il bon, pour redonner le goût de la lecture, d’abandonner cette écriture pseudo inclusive.

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