Change ton monde, par Cédric Herrou

Cédric Herrou est un simple citoyen, adhérent d’aucun parti ni association, rejetant le mode de vie de la côte niçoise et ses excès, il a trouvé refuge dans l’arrière pays à Breil-sur-Roya où il exploite une petite ferme sur laquelle il produit des œufs, de l’huile d’olive et des légumes. Son action est uniquement motivée par la révolte que lui inspirent les méthodes de la police aux frontières sous les ordres du préfet, il n’hésite pas à dénoncer un véritable « racisme d’État ».

Au printemps 2016, remontant de Nice en camionnette, où il a vendu sa production, il double une famille d’immigrés avec deux enfants à pieds en pleine nuit. Il fait demi-tour et leur propose de les héberger pour la nuit et de les accompagner à la gare le lendemain. Ils seront arrêtés puis reconduits en Italie. Ce sera le départ de quatre années mouvementées où Cédric, révolté devant l’accueil que la France réserve à ces migrants, s’emploie à les aider à passer de l’Italie jusqu’en France. Leur proposant de faire étape chez lui. Il doit faire face à un afflux massif de migrants africains et organise en urgence un camping pouvant accueillir plus d’une centaine de personnes. Il devient rapidement la cible de la PAF (police aux frontières), du préfet et du député des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti.

Il va subir jusqu’à onze gardes à vue, procès, perquisitions et saisies. Bien entouré par ses amis, sa famille, des militants locaux et des avocats, Cedric Herrou devient un spécialiste de la législation sur le droit d’asile et gagne la majorité de ses procès. Les médias s’emparent de son action comme étant l’emblème de la lutte contre le « délit de solidarité ». Le Conseil Constitutionnel finira par consacrer le « principe de fraternité » qui légitime enfin son action. Il crée en juillet 2019 la communauté Emmaüs-Roya, première communauté agricole du mouvement de l’abbé Pierre. Soutenu par sa famille, il déclare : « J’ai choisi l’accueil en souvenir de mon arrière-grand-mère italienne qui a perdu son bébé en traversant les Alpes, en souvenir de ma grand-mère allemande enfermée par la Gestapo, pour elles et pour mes parents. Si j’avais laissé ces enfants sur le bord de la route, ma mère m’aurait engueulé. »

Ce récit écrit avec simplicité, un peu d’humour et pas mal de fierté nous invite à considérer les migrants avec humanité et respect. Ces personnes ont, pour la plupart, subi des violences insupportables durant leur exil. Cedric Herrou ne leur pose pas de questions, ne les considère pas comme victimes mais leur offre un lieu de repos et des choses à faire au jardin ou à la cuisine pour qu’ils se sentent utiles.

Jean-Marie-Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature, qui écrit la préface, se souvient que, pendant la guerre, il a trouvé refuge avec sa famille dans la vallée voisine lorsque les nazis occupaient la région de Nice. Il soutient sans réserve le combat de Cédric Herrou. C’est un ouvrage passionnant, truffé de réflexions sur la politique de l’immigration, le sens de la vie et la fraternité. A recommander par ces temps troublés.

Cedric Herrou, Change ton monde, éditions Les Liens qui Libèrent, 2020, 259 pages, 19 euros.

Denys Calu

1 Commentaire

  1. Le livre de Cédric Herrou est une réflexion pour notre temps, comme une pause dans sa vie sans repos aucun. On se demande où il a trouvé le temps de retracer le labyrinthique combat avec les représentants de l’Etat, Préfet, Police des Frontières. C’est aussi une introspection, dans laquelle il partage son cheminement de paysan décidé à demeurer hors du monde vers le même paysan devenu malgré lui hôte de ce qu’à Paris on appelle la « misère du monde ». Contrairement aux gouvernants qui ne songent qu’à refouler les migrants vers l’Italie à tous les prix (une journée de surveillance des frontières : 60 millions d’euros), surtout les prix humains (des êtres livrés aux passeurs et trafiquants de la pire espèce), lui les accueille, les transporte, et réunit autour de lui une myriade de gens qui travaillent dans le même sens. Même les médias, quelque méfiance qu’il en ait eue, l’ont aidé, et l’on comprend à le lire que la loi « Sécurité globale », qui interdit de filmer des échanges et affrontements avec les policiers, aurait empêché que son action soit, non seulement disculpée,mais reconnue d’utilité publique. Après le documentaire « Libre » qui rendait justice à son oeuvre, « Change ton monde » fournit à la société, à toute l’Europe, une voie. L’accueil des migrants dans la Roya a débouché sur le « Bol d’air », bien nommé, qui initie une forme de transition. Beau cadeau de Noël!

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