La famille Martin, de David Foenkinos

Photo Francesca Mantovani.

David Foenkinos est un petit malin. Cet écrivain à la palette large nous ferait-il croire avec son dernier roman La famille Martin, qu’il serait en manque d’inspiration ? Difficile à penser lorsque l’on se retourne sur son œuvre et des livres aussi intenses que Charlotte ou Le mystère Henri Pick sans oublier La délicatesse. Néanmoins, force est de constater qu’effectivement, l’inspiration peut devenir une source d’angoisse pour tous les créateurs à un moment donné de leur vie. Yves Simon me disait un jour que la réalité dépassait souvent la fiction.

Avec La famille Martin, David Foenkinos illustre le propos du romancier-chanteur. Un écrivain, en mal d’inspiration et confronté à une vie sentimentale pour le moins perturbé, va chercher dans la rue des personnages réels pour alimenter son prochain livre. Pas question de romancer. Il s’agit d’écrire un livre dans la vraie vie avec l’accord des protagonistes. Il se rend dans la rue pour laisser le hasard guider ses pas. Là, la petite dame qui marche, c’est vers elle qu’il guide ses pas avant de l’interpeller. Dans ce jeu du hasard, il parvient à convaincre celle qui sera l’un des personnages majeurs de ce roman qui n’en porte que le nom.

En déroulant le fil de l’histoire cette victime consentante, le grand écrivain doit faire face à sa fille et ses proches. Déboulant comme un chien dans un jeu de quille dans une cellule familiale perturbée à différents degrés sur le plan professionnel et affectif, il tente de convaincre toute la famille de lui faire confiance avant de se confier. Des rendez-vous ponctuels chaque soir doivent permettre à l’écrivain de trouver sa place. Au fil du temps, les langues se délient et les âmes se confient. Valérie la première, qui n’en peut plus de son mari qui s’éloigne de leur couple. Le mari justement, victime de harcèlement, trouve une oreille attentive en la personne de cet étranger. Convoqué par son patron dans les trois jours, il pense que sort est réglé et qu’on lui montrera la porte. La fringante Valérie jouera un jeu ambigu avec cet écrivain. Quant aux adolescents du couple, le contact est loin d’être simple. Entre acteur et observateur, difficile pour le héros de David Foenkinos de gagner leur confiance. C’est sans doute avec Madeleine, qu’il trouvera l’aspect romanesque qui manque à son projet. Madeleine et l’écrivain partiront pour les États Unis afin de rencontrer l’amour de jeunesse de son héroïne. Tout un programme riche en émotion.

Avec ce roman, David Foenkinos parvient à nous surprendre comme toujours. Au jeu de l’inspiration, remémorons nous ces quelques vers du Chant du désert de Claude Nougaro :

« Dans le désert du papier blanc
Mes vieux chameaux de mots naviguent
Croisant parfois les ossements
D’un poème mort de fatigue
J’ai soif Bédouin brûlé par l’aveuglant
Néon d’un néant, sèche douche
Je marche, marche, m’ensablant
Un bâillon d’encre sur la bouche
J’ai soif Il est des bouches oasis
Tout enchantées de phrases fraîches
La mienne suce le supplice
D’une langue qui se dessèche ».

Pascal Hébert

La famille Martin, de David Foenkinos, éditions Gallimard, 226 pages.

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