Une farouche liberté, d’Annick Cojean et Gisèle Halimi

Elle a été de tous les combats pour bousculer les mentalités séculaires qui ont fait de la femme un être inférieur dans un monde patriarcal. La société française lui doit une fière chandelle. Gisèle Halimi a débarqué sur la place publique après 1968. La société française bouge. Mais pas assez pour rendre plus respirable la liberté des femmes. Certes, le général de Gaulle leur a donné le droit de vote. Et après… comme dirait Léo Ferré. Pas grand-chose.

On n’efface pas avec une loi le fonctionnement d’une société où les femmes sont rangées dans le tiroir de la maîtresse de maison qui doit seulement enfanter. Celles qui travaillent sont bien sûr à des postes de secrétaire. Il faudra attendre tout de même le 13 juillet 1965 pour que le Parlement vote une loi autorisant les femmes à ouvrir un compte bancaire personnel et à travailler sans le consentement de leur mari. 1965, ce n’est pas si loin…

Dans son livre co-écrit avec Annick Cojean, Gisèle Halimi se livre comme jamais avec toujours cette rage qui l’a animée tout au long de sa vie. On découvre une enfant rebelle et prête à combattre toutes les inégalités. Dans ce question-réponse, une ligne directrice s’impose : la condition des femmes. Révoltée, combattante, Gisèle Halimi ne défend pas que des victimes, elle cherche à faire bouger les lignes, inlassablement. Il y aura bien évidement au début des années 70 l’avortement qui arrive en pleine face d’une société hypocrite sur le sujet. Un sujet de classe sociale où les plus aisées vont avorter en Suisse et en Angleterre et où les plus pauvres mettent leur corps entre les mains des faiseuses d’ange. Gisèle Halimi est de ce combat avant de s’attaquer au viol des femmes, où les victimes sont représentées comme des coupables.

Dans ces années où la liberté sexuelle n’autorise pas tout et ne doit pas servir d’excuses aux violeurs, Gisèle Halimi ne lâche rien pour que l’on considère enfin les victimes. Dans ces procès où l’on brandit trop souvent le consentement de la femme, Gisèle Halimi prévient : « Il est un langage que tiennent les hommes et que les femmes ne devraient jamais laisser passer. Les mots ne sont pas innocents. Ils traduisent une idéologie, une mentalité, un état d’esprit. Laisser passer un mot, c’est le tolérer. Et de la tolérance à la complicité, il n’y a qu’un pas. »

Gisèle Halimi avec son mouvement Choisir a porté haut la cause des femmes, de leur liberté à disposer d’elle-même et de leur corps. Les hommes, perdus dans leur certitude atavique, lui doivent beaucoup !

Pascal Hébert

Une farouche liberté, d’Annick Cojean et Gisèle Halimi, éditions Grasset, 153 pages, 14,90 euros.

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