Sur les traces de Toscanini et d’Horowitz

De la petite ville d’Oulx à Rivoli, de Turin à Milan, il fait bon parcourir l’Italie en cet été 2020. En l’absence notable des habituels touristes, les Italiens redécouvrent le plaisir des terrasses, bondées dès 18 heures.

C’est seul et sous le soleil de midi que je passe les grilles du Cimitero monumentale de Milan. Une fois franchi l’immense Famedio, je me dirige d’un bon pas vers le tombeau de la famille Toscanini.

Sa figure la plus illustre est Arturo Toscanini, considéré comme l’un des plus grands chefs d’orchestre du XXe siècle. Le nom du Maestro est incontournable en Italie, et d’autant plus à Milan, où il fut le chef d’orchestre de la Scala. Aussi autoritaire dans ses arpèges que démocrate dans ses paroles, il fut contraint de s’exiler aux États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, harcelé par les sbires de Mussolini. Quand le Teatro alla Scala rouvrit ses portes le 11 mai 1946, Toscanini était de retour à la baguette.

Le Maestro repose au centre de l’imposante sépulture. Sa femme Carla est à ses côtés, tout comme leur fils Georgio, décédé en bas âge. Sur le côté droit de la sépulture, on retrouve les autres enfants du couple.

Précisons, avant de poursuivre, que deux types de visiteurs s’aventurent vers ce tombeau : les passionnés qui savent qui ils viennent y trouver, et les badauds que la surprise saisit.

Tournant la tête vers la gauche, je lis les inscriptions gravées en lettres d’or sur trois sépultures superposées :

Sonia Horowitz – 2.10.1934 – 10.1.1975
Vladimir Horowitz – 1.10.1903 – 8.11.1989
Wanda Toscanini – 5.12.1907 – 21.8.1998

Pas un seul descriptif, pas une seule inscription, plaque, brochure, prospectus ou guide porté à ma connaissance ne mentionne le nom de Vladimir Horowitz, véritable légende du piano, juif russe athéiste, né à Kiev, parfait francophone, exilé en Europe en 1925, naturalisé citoyen américain en 1944, marié à une Italienne catholique non-pratiquante, décédé dans sa townhouse de Manhattan à New York, et inhumé dans ce tombeau milanais.

À l’accueil du cimetière, personne n’est capable de me donner une explication quant à cette remarquable absence de publicité. « Je suis connu, mais je ne suis pas célèbre ! » s’amusait à dire ce timide maladif.

Pas de larmes, pas de fleurs et encore moins de prières. Juste le sentiment d’avoir pu approcher, après toutes ces années et pour un bref moment, deux géants de la musique.

1 Commentaire

  1. Promenade agréable et hommage émouvant d’un inconnu à la musique. Les cimetières italiens réconcilient avec la mort, où sont immortalisés ceux qui ont atteint l’autre rive avec une grâce et un sens artistique sans pareils. Les cimetières de Milan me sont inconnus, mais à ceux qui ont le bonheur d’aller à Gênes, prenez un jour -ou deux- pour vous rendre dans le plus beau cimetière du monde, qui unit la beauté à la méditation.

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