Les sophoras de Luisant, la réponse de François Roumet à Jean-Marie Marcuzzi

Photo Gérard Leray, 26 juillet 2020.

Eh bien, en lançant un débat sur la destruction des arbres le long de l’Eure, on jette dans le même bain les sophoras de Luisant… Qui ne demandent rien et poussent tranquillement depuis dix-huit ans. La voûte des feuillages au-dessus de l‘avenue est presque reconstituée, et il faut se pencher pour retrouver les clochers de la cathédrale dans la perspective. J’espère bien que la ville aura le courage de ne pas les couper.

Si tu te souviens, on avait parlé dans L’Aiguillon, il y a longtemps, de cette plantation le long des avenues de Luisant ; j’étais maître d’œuvre. Le sol a été préparé profondément, c’est un mélange pauvre de pierres, de béton concassé, et de terre du site, un « terre-pierre ». Les arbres ont été obligés de s’adapter. Les racines ne peuvent grossir pour pouvoir s’infiltrer dans les interstices. Elles forment donc un tissu de radicelles très dense sans danger pour les constructions à plusieurs mètres. Et, en plus, les réseaux le long de la voie cyclable sont protégés par un pare-racines déployé sur toute la longueur des avenues.

Distinguer racines traçantes ou pivotantes n’a pas forcément de sens. Ce sont des opportunités pour se déployer sous terre avec une tendance propre à l’espèce évidemment, mais surtout en s’adaptant. Tu connais les dessins de David Ellas ? Les racines d’un frêne, d’un saule, etc., suivent les niveaux du sol, tantôt elles peuvent descendre à la recherche d‘eau, tantôt elles peuvent se disperser à la faveur d’une couche plus dure et plus fertile aussi. Et cela sur plusieurs étages. Là, le projet a consisté d’abord à les contraindre de s’adapter à un sol pauvre. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y pas de fosses de plantations, mais des tranchées continues de carrefour à carrefour. Les racines filent sous les stationnement des voitures et sans les soulever. Avenue Béthouart à Chartres, c’est différent, on voit bien les mêmes sophoras soulever leur grille au pied du tronc.

Les grands principes méritent des nuances et puis, regarde bien avant de juger et condamner. C’est exactement cela l’article de Jean François Bridet. Quel est l’état des lieux ? C’est facile de tout raser en prétextant approximativement, c’est plus dur de nommer ce qui est en place et de faire avec. Mais tellement plus malin et durable.

François Roumet

2 Commentaires

  1. Ces sophoras, quoi qu’il en soit, et grâce soit rendue à ceux qui en ont conçu la plantation, confèrent à l’entrée dans Luisant l’impression bienfaisante et majestueuse d’une allée qui met véritablement en scène la découverte de la cathédrale de Chartres. Et rouler à bicyclette sous leurs frondaisons est en ce moment infiniment préférable à un trajet sous les pauvres tilleuls brimés, taillés en parallélépipèdes, sur la route vers la piscine (l’Odyssée, pardon).

  2. M. Roumet,
    Merci pour ces précisions techniques et de me donner une telle vitrine.
    Un principe fondamental : lorsqu’on plante un arbre, on sait que ce n’est pas pour son immédiat mais en projetant le geste pour les générations futures selon l’expression consacrée : dans 50 ans, dans 100 ans et au delà puisque l’on parle d’arbre à la longévité plus que centenaire.
    Je conviens que ce n’est pas facile de s’imaginer ces temporalités.
    Plus près de ces échéances lointaines, 8% des sophoras de l’avenue de Luisant ont dû être remplacés pour l’instant et depuis leur plantation, ce que signale un souci.
    Notez que je n’ai rien contre cette essence, majestueuse en sujet isolé dans un parc ou en bouquet sur une place ; mais traitée en arbre d’alignement de voirie, c’est bien audacieux.
    – ses charpentières difficiles à structurer (redressement de la couronne qui s’effectue ici, principalement par le passage de poids lourds) et son houppier globuleux voire s’étalant font que les branches vont bientôt caresser les façades voisines. Immanquablement, cela nécessitera des élagages de réduction qui seront à répéter tous les 5 ans en moyenne, en fonction de la vigueur de chaque sujet.
    Sans compter le caractère cassant du bois qui ira en s’accentuant en vieillissant.
    Concernant la partie racinaire (qui donne évidemment le moins à voir), vous précisez avoir pris toutes les précautions vis à vis des réseaux sous-jacents.
    RDV dans 15/20 ans !…
    Tel Cassandre, j’aurai prédit même si n’est pas la pensée correcte.

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