Mathilde raconte la fin de « son » aventure coronavirus à Séoul

Le 6 juin dernier, Cactus a publié le récit de Mathilde, étudiante originaire de Chartres, contaminée par la Covid-19 à Séoul. Voici la fin de ses aventures au Pays du matin tranquille (pas tant que celà…)

Au fur et à mesure que les jours passent ici, je prends mes habitudes et instaure une sorte de routine. Les premières semaines, on a le droit à un test tous les deux jours, c’est assez douloureux, je pleure rien qu’en voyant le docteur venir avec les cotons tiges. On me dit que le temps moyen à l’hôpital est de 30 jours, mais que cela peut aller jusqu’à deux mois, voire plus.

Ayant commencé à retrouver le goût au bout d’une semaine, je me dis que je serai peut-être en-dessous de cette moyenne, je ne peux pas m’imaginer rester un mois entier. Mais au bout d’une semaine, une infirmière me dit que je devrai sans doute rester 50 jours !!! À ce moment, je suis désespérée et je me dis que, finalement, un mois ce n’est peut être pas si mal.

À l’hôpital et n’ayant plus de forfait, je panique beaucoup au début par rapport à toutes les choses que j’ai à régler. Par exemple, j’avais un rendez-vous à l’immigration le 13 mai afin de valider mon extension de visa, mais je ne pouvais pas appeler pour prévenir non plus. Une amie a donc appelé pour moi. Un obstacle de franchi, mais ce n’est que le premier d’une longue série. Je suis très fatiguée et je dors mal, je finis par accepter les somnifères qu’on me propose chaque matin.

J’occupe mes journées comme je peux avec une wifi publique qui ne marche pas très bien. Je lis des BD en ligne, ne pouvant regarder des vidéos. Je commence aussi à apprendre le russe. Mes amis et ma famille m’appellent régulièrement aussi. Bien sûr, il y a le décalage horaire, donc je ne peux parler à personne en France le matin ; j’ai aussi mes amis en Corée qui sont vraiment d’un grand soutien pendant les jours difficiles.

À l’hôpital, on ne me donne pas beaucoup d’informations, je dois réclamer plusieurs fois pour savoir quelque chose. Finalement, le 22 mai, le docteur vient me voir pour me dire que mes résultats sont très bons et que je pourrai sans doute sortir la semaine suivante. Fausse alerte : il s’est trompé ! Des fois, l’infirmière me dit quelque chose, et quand je lui demande de répéter, elle abandonne directement, ce qui me fait sentir bête. Mon moral s’améliore après quelques semaines, mais je reste à cran, j’ai l’impression que personne ne me comprend. Certaines personnes font des blagues sur ma situation, ou encore me sous-entendent que je l’ai bien cherché.

Mes voisines de chambre sont très gentilles avec moi, elles s’inquiètent du fait que je ne mange pas beaucoup et me commandent à plusieurs reprises de la nourriture, généralement des croissants et des feuilles d’algues. Mes amis m’apportent plusieurs fois des sacs avec des petites choses à grignoter, des puzzles pour m’occuper et on peut se faire coucou de la fenêtre d’hôpital. D’autres amis, qui ont été contaminés en même temps que moi, sont sortis de l’hôpital, c’est assez frustrant. Je suis partagée entre être contente pour eux, et être un peu jalouse. En plus, dans l’hôpital où ils étaient, ils avaient droit à une chambre privée, au wifi et de la nourriture bien meilleure (quand on est testé positif, on va là où il y a de la place…).

Je ne sais pas si c’est à cause de l’isolement, des somnifères, ou du virus, mais j’ai l’impression de devenir stupide. Je suis incapable de me concentrer sur quelque chose, j’oublie tout. Je crois que c’est dû aux somnifères. Aujourd’hui encore, j’ai toujours du mal à me souvenir de certaines choses, et à me concentrer. Ce sont donc peut-être d’autres effets du virus. Mon goût et mon odorat continuent aussi de jouer à cache-cache. Certains de mes amis sont partis de Corée pendant que j’étais à l’hôpital, je n’ai pas pu leur dire au revoir, et je ne sais pas si je pourrai les revoir un jour. Jusqu’au dernier moment, j’ai espéré pouvoir sortir de l’hôpital juste avant qu’ils repartent et leur faire la surprise de ma guérison complète.

Malheureusement, ce n’est pas moi qui décide, je ne suis pas sortie à temps. Il faut que je trouve un moyen de gérer mes affaires restées dans mon appartement, loué uniquement jusqu’au 31 mai. Une amie est allée les chercher et les a gardées chez elle jusqu’à ce que je sorte. La colocataire avec qui je vis a dit à sa mère que j’ai la COVID-19. En Corée, c’est extrêmement mal vu, celle-ci a donc appelé une centaine de fois le propriétaire de l’appartement en disant qu’elle ne veut pas que je sois à nouveau en contact avec sa fille, que je ne peux pas prolonger mon contrat ni avoir un autre appartement dans l’immeuble. Si elle avait pu, je ne doute pas qu’elle m’aurait interdit tout le quartier. Ce genre de chose est assez dur à entendre, quand tu es la première personne à souffrir de la situation et que les autres te voient juste comme un virus ambulant, presque comme quelque chose de sale.

Mon billet d’avion a été annulé, mais je ne peux pas en reprendre un autre car je ne sais pas quand je vais sortir. Plus le temps passe, plus je redoute de dépasser la date d’expiration de mon visa. Tout ce stress me donne des problèmes de santé supplémentaires, compliquant encore plus mon séjour à l’hôpital.

Un autre point difficile est de voir que tout le monde a une vie autour de moi. Je regarde par la fenêtre et vois tous ces gens se promener librement, alors que je suis clouée au lit. Le confinement en France est terminé, les gens reprennent doucement leurs habitudes. Les 10 derniers jours sont un peu plus faciles. Mes voisines de chambre arrivées en même temps que moi sont sorties de l’hôpital. Désormais seule dans la chambre, je peux enfin enlever mon masque, je dois le remettre uniquement pour traverser le couloir en allant à la salle de douche. La wifi publique a soudainement commencé à très bien fonctionner, je peux regarder des vidéos. Du coup, j’enchaîne plusieurs séries et films.

Vient finalement mi-juin, là où la situation commence à bouger un peu. Il y a trois catégories pour les résultats des tests, positif, négatif et équivoque (entre les deux). Il faut deux tests négatifs d’affilée pour sortir. Je n’ai plus que deux tests par semaine, le lundi et le jeudi. Mon test du jeudi 11 juin étant négatif, ils m’en refont un le vendredi, qui est équivoque, je ne peux donc pas sortir…

Heureusement, je n’ai pas beaucoup d’attentes, je me doutais que je ne pourrais pas sortir avec le premier test négatif, la plupart des gens alternent entre positif et négatif pendant quelques semaines. Lorsque mon test du lundi 15 est à nouveau négatif, je m’attends à ce que celui du lendemain soit positif à nouveau, je n’y crois plus. Alors, lorsque les infirmières m’appellent dans la chambre le mercredi midi en me disant que je suis encore négative et que je peux donc sortir l’après-midi même, je ne réalise pas vraiment.

Lorsque l’on sort de l’hôpital, il y a toute une procédure à respecter. Je fais mes affaires, décide quoi jeter et quoi garder. Tout ce que je garde doit être désinfecté, j’abandonne à contre-coeur un puzzle offert par des amis, les infirmières me disant qu’il serait trop abîmé après avoir été imbibé de désinfectant. Après avoir fait le tri, il faut aller prendre une douche. On nous donne un nouveau pyjama, des nouvelles claquettes, et un nouveau masque à mettre après la douche. Les produits utilisés (shampoing, gel douche) doivent être jetés, comme tout ce qu’on a sur nous. Après la douche, on quitte le couloir et on se change à nouveau dans des vêtements de ville cette fois, que quelqu’un doit nous apporter à l’hôpital. Après les frais d’hôpital réglés, on est libre de partir, avec toutes nos affaires complètement trempées de désinfectant dans des sacs plastiques. J’ai la chance qu’une amie vienne me chercher à l’hôpital, et on prend un taxi pour aller chez elle, où ont été stockées mes affaires.

N’ayant plus de logement, je dors à même le sol pendant deux nuits avant de trouver un Airbnb. Je suis contente de ne pas avoir été seule les premiers jours après être sortie car ayant été surveillée par caméra 24h/24 à l’hôpital, je suis anxieuse de ne plus y être : quoi faire si je ne me sens pas bien ? Je fais des crises d’angoisses pendant plusieurs jours, je veux même retourner à l’hôpital, où je me sentais en sécurité. Encore aujourd’hui, dès que je rentre quelque part ou que je me promène, je cherche des caméras des yeux…

Je n’ai pas pu prolonger mon visa. Je dispose de dix jours pour trouver un avion et rentrer en France. J’en profite le plus possible les derniers jours. C’est la semaine des partiels pour tous les étudiants en Corée, du coup, je me promène seule la journée, et retrouve mes amis seulement le soir.

Je suis enfin rentrée en France dans un avion quasiment vide (et l’avantage d’avoir une banquette entière pour soi). Cerise sur le gâteau, ma valise est égarée à Francfort, je mets huit jours pour la récupérer. Mon expérience Covid-19 en Corée du Sud reste personnelle. J’ai eu de la chance de ne pas avoir eu beaucoup de symptômes physiques, la partie la plus dure ayant été psychologique. Être à l’hôpital à cause du virus dont le monde entier parle et à cause duquel tant de personnes sont décédées est angoissant mentalement.

Je compte bien retourner en Corée en mars prochain, si les restrictions sont levées d’ici là.

Mathilde

2 Commentaires

  1. Bravo pour cette force mentale Mathide et avoir mis des mots sur tes maux t aura très certainement aidée…
    Maintenant à toi la liberté et la joie de partager de bons moments avec ceux qui t ont tant manqué..👍😉
    Enjoy…bises Laurence

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