L’école du ciel, d’Élisabeth Barillé

Photo : Svetlana Loboff

Elisabeth Barillé est un cas dans la littérature française. Chaque livre ne laisse indifférent, car Elisabeth est une chercheuse. Chercheuse de l’or divin qui fait l’humanité. Avec un air détaché, elle puise ses mots à la source même de l’âme humaine. Tout à un sens. Lorsqu’elle raconte de belles histoires, rien n’est dû au hasard. Avec Elisabeth Barillé, la littérature est une cible. Comme un archer, concentré sur le rond central à atteindre, Elisabeth ferme les yeux pour laisser parler les flèches de ses pensées. Chaque roman devient une pépite qui scintille pour mieux nous envoûter.

C’est le cas avec L’école du ciel, son tout dernier roman. Elisabeth nous emmène à la découverte d’une artiste qui s’ignore. Une bergère peint et alors ? C’est dans ce mystère du milieu du vingtième siècle qu’Elisabeth nous sert de guide. Avec son compagnon, la narratrice est à la recherche d’une maison loin du bruit de la capitale. Sauf que la maison de leur rêve a été habitée par une bergère qui connut un brin de notoriété avec ses toiles. En rencontrant la fille de l’ancienne propriétaire dans les Alpes-de-Haute-Provence, Daniel tombe sous le charme des peintures qu’il découvre. Ce sont des œuvres de la peintre Aimée Castain. Elle n’est pas inscrite au Panthéon de l’art pictural, mais son travail mérite de s’y arrêter. C’est ce que fait Elisabeth Barillé en imaginant la vie de cette bergère que rien ne prédestinait à la peinture. Dans un roman subtil à souhait, la romancière nous prend par la main pour découvrir Aimée Castain. Faisant des allers et retours entre le 21 e et le 20e siècle, Elisabeth s’amuse comme une diablesse pour nous faire aimer cette drôle de paroissienne.

Au hasard des mots, Elisabeth nous rappelle qu’: « Écrire un livre ou peindre un tableau, c’est extraire le meilleur de soi-même, livrer cette quintessence qu’on ne donne jamais à personne, même aux plus proches, tout simplement parce qu’elle n’existe pas ailleurs que dans le livre ou le tableau. L’artiste dépasse de beaucoup son avatar dans la vie réelle. ». Mais Elisabeth parvient à aller au cœur de la pensée, de l’âme de l’artiste : « J’étais dans son secret à la source, cette source limpide à laquelle s’abreuvaient ses efforts et ses attentes. Ces pensées conçues entre deux labeurs, dans cette portion de nuit volée au sommeil, sans doute s’y appuyait-elle, comme à des prières. » L’école du ciel est un jeu de piste dans une montagne où Elisabeth gambade comme une bergère !

Pascal Hébert

L’école du ciel, d’Elisabeth Barillé, éditions Grasset, 232 pages, 18 €.

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