Hebdosports : le foot assure le « spectacle » !

Crise sanitaire ou non, le monde du football ne change pas. Surtout du côté des dirigeants toujours aussi excessifs et qui n’améliorent pas l’image du football…

Il y aura un « avant » et un « après »… a-t-on pu entendre depuis le début du confinement et de l’arrêt de l’activité sportive due au coronavirus. Un « après », c’est l’espoir d’un regain d’humanité, « le début d ’un renouveau » selon les mots du cycliste Thibault Pinot, celui d’un monde meilleur avec la fin d’un « système qui est là pour broyer l’humain » pour reprendre les propos d’Eric Cantona (nos chroniques des 20 et 27 avril), l’ex vedette du football français et de Manchester United.

Des joueurs responsables. C’est bien d’y croire. Mais quelques jours après l’annonce d’Edouard Philippe mardi dernier à l’Assemblée, de la non-reprise des championnats et celle, le surlendemain, de la Ligue de football professionnel (LFP) d’établir le classement de la Ligue 1 à l’indice de performance, on peut imaginer que dans le monde du football cet « après » espéré ressemblera fortement à cet « avant » que l’on veut oublier. « Avec notre popularité, nous avons une responsabilité sociale, éducative, culturelle », disait Ahmet Schaefer, le propriétaire suisse de Clermont Foot (Ligue 2). Tu parles ! Lui qui le premier militait pour une reprise des championnats parce que d’autres professions allaient reprendre. Un ‘’Alors-pourquoi-pas-le-foot ?’’ qui n’était d’ailleurs pas partagé par de nombreux joueurs. A l’image de Gaëtan Bellaud, capitaine du Stade Brestois, qui s’indignait que l’on se chamaille sur la reprise du football alors que des gens mouraient chaque jour. « Notre métier n’a rien d’essentiel. Tout le monde peut se passer du football. Le pays n’a pas besoin de nous pour fonctionner. » Dante, le capitaine brésilien de Nice, le rejoignait « Des gens vont à l’hôpital, d’autres dépendent de petits boulots qu’ils perdent mais les footballeurs auraient joué. C’était indécent. On serait passés pour des guignols. » Des témoignages profondément responsables et humains qui tranchent avec le comportement de certains dirigeants plus préoccupés de leurs intérêts de club que de la situation sanitaire et de la santé de leurs joueurs.

… et des dirigeants moins. Ces dirigeants qui, dans la tourmente, n’ont pas hésité à s’invectiver et à régler leurs comptes. Les affrontements verbaux entre Jean-Michel Aulas et Jacques-Henri Eyraud, présidents de Lyon et de Marseille, entamés bien avant l’intervention du Premier ministre, auraient à coup sûr mérité un carton jaune. Et même un rouge lorsque L’Equipe (30 avril) révélait qu’à la réunion de la Ligue pro, les deux hommes s’étaient écharpés à coup de noms d’oiseaux ! « Responsabilité éducative » disait le président clermontois… A ce petit jeu de mesquineries, le président lyonnais s’est d’ailleurs distingué en multipliant les scénarios de reprise et les solutions de classement favorables à son club… en situation défavorable bien en dessous de ses ambitions puisque non qualifié pour la Ligue des champions. Que JMA soit un très bon président, remarquable gestionnaire de son entreprise de football, visionnaire même, reconnu comme tel en France et en Europe, ne doit pas excuser ses écarts. « Ce classement n’est pas logique. Je ne veux pas attaquer un club plus qu’un autre mais Nice (5e) a plus joué que nous à domicile et n’a affronté qu’une fois le PSG et Lyon deux. (…) C’est une perte de chance très importante. On va la réclamer sous forme de dommages et intérêts qui se chiffrent en plusieurs dizaines de millions d’euros », a-t-il ainsi menacé avant de préciser qu’il allait déposer des recours juridiques imité par d’autres, mécontents du sort réservé par cette clôture de la L1, notamment du côté d’Amiens, 19e au classement et donc relégué.
(lire ci-dessous « Morceaux choisis »).

« Regrettable ». Voilà donc le visage qu’a montré le football français depuis quelques semaines. Alors peut-on croire à un changement de mentalité, à d’autres comportements dignes de nos politiciens, à un fonctionnement plus raisonnable et à la correction des excès en tous genres (salaires indécents, transferts pharaoniques, polémiques violentes et stériles ; en clair, à un « après ». Pas sûr, vraiment pas sûr. Nous laisserons la conclusion à Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue pro : « A notre manière nous avons continué à assurer le spectacle dans une période qui en était dépourvue C’est certainement regrettable. L’image du football pro n’en sort pas grandie. »

Morceaux choisis
« Je sais qu’il deviendra sage assez rapidement. Une fois passée la déception, il est légaliste… » Face à la menace des recours juridiques de Jean-Michel Aulas, Noël Le Graët, le patron du foot français, reste stoïque…
« 
J’ai les boules, je le dis. On nous casse notre aventure, c’est une décision honteuse. » Très en colère, Louis Milazzi, président délégué d’Amiens, aurait préféré que la prochaine Ligue 1 compte 22 clubs avec les promus Lorient et Lens, ce qui aurait sauvé son club (19e) de la descente. L’aurait-il proposé si Amiens n’avait pas été relégable…
« 
Noël (Le Graët), vous êtes quelqu’un d’humain, faites que le football sorte grandi, revoie sa position et fasse preuve de solidarité. On peut comprendre sa déception mais en ne pensant qu’à ses intérêts, Bernard Joannin, le président d’Amiens, qui trouvait également que « le football manquait d’humanité » ne sort pas grandi…
« 
Je ne peux imaginer qu’on puisse la jouer sans nos supporteurs (…) La plus grosse connerie, c’est d’avoir joué Lyon-Juventus avec du public… ». Il ne veut pas jouer la finale de la Coupe de France (face au PSG) sans public mais Roland Romeyer, président stéphanois, dénonce l’organisation du match de Ligue des champion n’ait pas eu lieu à huis clos ! Faudrait savoir…
« 
Si l’on pouvait compenser la testostérone ambiante, ça ne ferait pas de mal. » La président de la Ligue pro, Nathalie Boy de la Tour, aimerait bien voir des femmes présidentes de club de foot. Patience, Nathalie : il y a eu une entraîneure à Clermont, une arbitre en Ligue 1, le temps viendra…
« 
Le football une image médiocre en raison des sommes financières qu’il génère et des chamailleries de ses dirigeants. C’était l’occasion rêvée d’entre dans le domaine de la solidarité et, au mlieu de cela, ils donnent une image indécente ». « Reconverti » en maire de Tours, Christophe Bouchet sait de quoi il parle lui qui fut président de Marseille. Mais c’est aussi un peu cracher dans la soupe…
« 
Je m’attends à une déflation forte sur les salaires des nouveaux contrats. Après, tous les présidents ne réagiront pas tous de la même manière face à l’accident, entre ceux qui redoubleront de prudence quand d’autres seront toujours prêts à rouler plus vite sur l’autoroute. » Président du FC Lorient qui vient de remonter en Ligue 1, Loïc Féry pose un regard lucide sur l’avenir financier du foot français. Souhaitons-lui d’être entendu…

LA phrase de la semaine. « Ce qui nous arrive, beaucoup de gens disent que c’est la nouvelle main de Dieu. Mais aujourd’hui, je demande cette main pour mettre fin à cette pandémie afin que les gens puissent vivre à nouveau leur vie, en bonne santé et heureux. » Il avait inscrit de la main le premier de ses deux buts en quart du mondial 86 contre l’Angleterre 2-1 et avait affirmé que c’était « La main de Dieu » qui avait marqué. Face à la pandémie, Diego Maradona, toujours adulé des Argentins malgré ses frasques, aurait-il trouvé la solution ?…

(Sources : L’Equipe, Le Parisien/Aujourd’hui, sites internet, presse régionale).

JHD

 

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