Réflexions en enfer… (2)

…ou notes d’un prisonnier de la peste à propos de l’épidémie en France, printemps 2020.

Jeudi 19 mars

À la radio d’État : reportage sur un petit pays ruiné avec un million de réfugiés, le Liban, où le nombre de malades de l’épidémie n’augmente que très peu. Comme si le poids du capital ralentissait ou bloquait tout mouvement face à l’ennemi invisible.

Presque toutes les radios internationales des « grandes puissances » ne parlent que de l’épidémie, qui a tué vingt mille malades dans le monde, surtout là où vivent des gens riches et vieux, pendant que dans les pays peuplés essentiellement de jeunes pauvres, on s’obstine à mourir du paludisme, du sida, de la pollution, des accidents de la circulation…

Vendredi 20 mars

Entendu à la radio d’État :

Un médecin qui travaille dans un hôpital de la capitale : « Les Français ne sont pas disciplinés. Les Français n’ont pas de civisme ».

Un ministre : « Ceux qui ne le (le confinement) respectent pas sont des imbéciles ».

Un autre ministre : « Cela ne signifie pas que la vie économique, que la vie de la Nation doit s’arrêter ».

Un représentant des entreprises du bâtiment a déclaré qu’il fallait arrêter les chantiers. Une ministre l’a grondé en l’accusant de « défaitisme ».

Dictionnaire franco-macronien : manque de civisme de certains Français : irresponsabilité criminelle des puissants.

Samedi 21 mars

Depuis hier, j’ai perdu au moins quatre heures à essayer de régler des problèmes techniques : des documents que je n’arrive pas à déplacer d’un appareil à un autre, de connexion entre le téléphone et l’ordinateur etc. Je découvre ce que vivent les gens qui passent leur existence derrière un écran d’ordinateur, dans un bureau ou chez eux. Un immense gâchis de temps et d’énergie, mais ce n’est pas perdu pour tout le monde : consommation d’électricité, de travail humain, de matière première, d’où beaucoup d’argent à gagner, avant même d’avoir produit quoi que ce soit d’utile.

Nous voici transformés en prisonniers à domicile, à cause d’une maladie qui se répand lentement en tuant d’abord les habitants de feu « le monde libre » (mot ancien encore employé il y a une trentaine d’années)…

Tant que j’ai de quoi boire, manger, lire, écrire et de l’électricité, je peux tenir.

Albert Camus : « Ainsi, chacun dut accepter de vivre au jour le jour, et seul en face du ciel ».

Dimanche 22 mars

Pierre Bourdieu : « Le pouvoir absolu n’a pas de règle. Ou plutôt, il a pour règle de ne pas en avoir ».

Excellente gestion de crise sanitaire, par un fils de médecin, frère de médecins.

Dictionnaire franco-macronien : chloroquine : médicament produit pour sauver des enfants en Afrique, utilisé en Europe pour rassurer les vieux qui gouvernent. Pendant ce temps, mille à deux mille enfants meurent chaque jour du paludisme.

À suivre.

Stéphane Mourad

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