Encre sympathique, de Patrick Modiano

Photo Francesca Mantovani

Prix Nobel de littérature en 2014, Patrick Modiano poursuit son œuvre. Inlassablement. Une œuvre basée principalement sur le jeu de mémoire. Avec son style littéraire ancré dans une prose poétique à souhait, Patrick Modiano a sorti son 29e roman. Encre sympathique est une nouvelle occasion pour Modiano de poursuivre sa quête de la mémoire dans un Paris suranné. Un Paris en noir et blanc au sortir des années cinquante. Mais c’est un dossier bleu qui attire en premier l’œil et la plume de Modiano.

Le narrateur, perdu dans ses rêves, se souvient, trente ans plus tôt avoir travaillé dans une agence de détective privé. Son premier dossier, confié par son patron, n’était pas bien épais. Quelques noms, quelques adresses et une demande insistante : retrouver une jeune femme qui avait disparu. Une affaire assez simple que le jeune détective devait régler en un tour de main pour montrer à son nouveau patron ses qualités d’enquêteur. Dans ce dossier ou plutôt, cette « simple fiche dans une chemise à la couleur bleu ciel qui a pâli avec le temps », le narrateur apprend que Noëlle Lefebvre a été vendeuse de sacs chez Lancel dans le quartier Opéra Garnier. Une carte des PTT permettant de retirer du courrier poste restante complète le peu d’informations concernant l’inconnue.

A la manière de Marcel Schneider, Patrick Modiano nous entraîne dans les mystères de Paris avec des noms de rues, dignes de films des années Gabin et des noms de témoins improbables. Malgré les silences qui entourent cette Noëlle Lefebvre, le narrateur parvient à percer tout doucement le secret en s’accrochant à quelques détails, un carnet de notes et une région.

L’enquêteur ne perdra jamais le fil d’Ariane qui le conduira dans la région d’Annecy où Noëlle Lefebvre serait originaire avant de prendre la direction de Rome où le dénouement surprend davantage le lecteur que le narrateur. Une fin digne de Patrick Modiano. Un auteur qui donne l’agréable impression d’écrire le même livre. Mais c’est justement ce qui fait sa force. A chaque opus, Modiano nous offre une belle parenthèse dans le temps et l’espace. C’est ce que l’on est en droit d’attendre des écrivains dignes de ce nom !

Pascal Hébert

Encre sympathique de Patrick Modiano, éditions Gallimard, 137 pages, 16 €.

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