Le maire de Chartres s’est enfui !

Il y a quatre-vingts ans, la France subissait la pire de ses catastrophes militaires. Réci des événements en Eure-et-Loir, à Chartres principalement.

La guerre arrive en Eure-et-Loir le dimanche 9 juin 1940. Une escadrille allemande bombarde le quartier de la gare à Dreux, provoquant la mort de 87 habitants.

Le 10 juin, le flot des réfugiés (belges et du nord-est de la France) se renforce avec le début de l’exode des habitants du département. Le gouvernement quitte Paris pour Tours dans la soirée.

Le 11, la distribution de l’électricité et du courrier cesse dans le nord de l’Eure-et-Loir. Les deux publications de Dreux, L’Action républicaine et Le Populaire, ne sont plus imprimées. Paris est déclarée ville ouverte. Dernier télégramme envoyé par le préfet Jean Moulin à la vice-présidence du Conseil : « Essaie vainement depuis plus de 24 heures avoir service central des réfugiés. » Pas de réponse. Bombardement de la base aérienne 122 à Chartres.

Mercredi 12 juin, déménagement de la BA 122. les sirènes cessent de fonctionner. Moulin se rend dans le département de l’Eure, entre Ezy et Ivry-la-Bataille, pour apporter du secours et du ravitaillement à 8 000 réfugiés bloqués dans des trains bombardés.

Jeudi 13 juin 1940, publication à la une de La Dépêche et de L’Indépendant de ce message du préfet Moulin : « Habitants d’Eure-et-Loir, vos fils résistent victorieusement à la ruée allemande. Soyez dignes d’eux en restant calmes. Aucun ordre d’évacuation du département n’a été donné parce que rien ne le justifie. N’écoutez pas les paniquards qui seront d’ailleurs châtiés. Déjà des sanctions ont été prises. D’autres suivront. Il faut que chacun soit à son poste. Il faut que la vie continue. Les élus et les fonctionnaires se doivent de donner l’exemple. Aucune défaillance ne saurait être tolérée. Je connais les qualités de sagesse et de patriotisme des populations de ce département. J’ai confiance. Nous vaincrons. » 35 bombardements allemands faisant 110 tués (La Loupe, Châteauneuf, Nogent-le-Roi, Epernon, Chartres, Illiers et Nogent-le-Rotrou). Nouveau bombardement de la BA 122 et de la gare.

Vendredi 14 juin, entrée des troupes allemandes dans Paris. Dernière parution de La Dépêche : toute l’équipe de rédaction prend la route de l’exode. 39 bombardements allemands causant 112 morts.
Moulin reçoit à 4 heures du matin les instructions de l’état-major et du gouvernement d’évacuation à l’encontre de sa décision de maintenir en place les services administratifs. 5 heures du matin, en complément du message précédent, Moulin reçoit l’ordre d’évacuer les affectés spéciaux (hommes en âge d’être mobilisés mais dont le maintien à leur poste est jugé indispensable). Répond au ministre de l’Intérieur, Georges Mandel, qu’il reste à son poste et qu’il ne faillira pas à son destin. La débandade commence. 8 heures, les pompiers de Chartres quittent l’arsenal avec leur matériel. Direction la Loire. Les personnels de la mairie les accompagnent. Idem le directeur du service des eaux de la ville, qui congédie les mécaniciens de l’usine et bloque les vannes. Il n’y a plus d’eau, de gaz, de téléphone et d’électricité. Moulin ne peut plus téléphoner au-delà de Châteaudun. Les troupes allemandes entrent dans Dreux. Chartres devient la principale cible des bombardements. En soirée, Raymond Gilbert, sénateur-maire de Chartres, s’enfuit, également l’évêque, les gendarmes, le service militaire de santé…

Samedi 15 juin, 2 heures du matin, Moulin se résout à ordonner l’évacuation des fonctionnaires préfectoraux vers Cloyes, sous les ordres du secrétaire général Jean Chadel. Nouveaux bombardements : 48 villes, villages et routes bombardés, causant 142 tués. Les réfugiés affluent toujours. Pillages, violences, anarchie. Il ne reste que 7 à 800 personnes à Chartres sur une population de 27 000 en temps normal. Tous les commerçants sont partis. Le 1er bataillon du 7ème dragon motorisé installe ses mitrailleuses sur les ponts de l’Eure pour défendre la ville. 17 heures, Moulin constate le vol de sa Citroën, par des soldats français. 19 heures, il se rend au domicile de Maurice Vidon, rue de Beauvais, et lui demande de prendre le titre de maire par intérim. L’ancien 1er magistrat de la ville entre 1925 et 1929 accepte.

Dimanche 16 juin, le flot des réfugiés continue de traverser Chartres. Moulin s’est couché à 3 heures, réveillé à 7. 9 heures 30, manifestation devant la préfecture de 200 personnes qui réclament du pain. Deux soldats du 7ème dragon, boulangers de métier, se mettent à fabriquer du pain. En fin de matinée, des compagnies allemandes arrivent à Maintenon. Combats violents entre l’avant-garde allemande et les tirailleurs d’Afrique du 26ème RTS (dans une zone incluant Maintenon, Chartainvilliers, Poisvilliers, Jouy et Saint-Piat).

Lundi 17 juin, de 3 heures à 6 heures, évacuation des dernières troupes françaises, dont le 7ème dragon. Arrivée des premiers motocyclistes et blindés allemands vers 7 heures dans le centre de Chartres. A 8 heures 45, dans la cour d’honneur de la préfecture, Moulin accueille le général allemand Koch-Epach. Il est assisté de Pierre Besnard, conseiller municipal, et de Léon Lejards, vicaire général de l’évêque. Dix premiers otages sont désignés. Pendant ce temps, Raymond Gilbert s’est replié dans sa résidence privée des Sables-d’Olonne. Il attendra la fin du mois pour revenir à Chartres.

Gérard Leray

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