La collectionneuse, d’Agnès Vannouvong

Photo Catherine Hlie

Il y a des livres comme ça que vous ne quittez plus, que vous lisez d’une traite sans savoir pourquoi. Est-ce l’intrigue, le style, le suspense ? Difficile à dire lorsque l’on est happé par une histoire extraordinaire. A la fin, on se dit que l’on a lu un bon bouquin. Et c’est le cas avec le dernier livre d’Agnès Vannouvong. Réunissant tous les ingrédients d’un excellent polar, La collectionneuse va bien au-delà car la romancière nous entraîne dans un ballet vertigineux, très loin de la vraie vie.

Deux mondes se côtoient sans jamais s’unir. Il y a d’un côté celui d’enquêteurs privés et de l’autre celui du monde de l’art avec tous ses codes réservés aux initiés. Frédérique et son collègue vont quitter leurs filatures d’hommes ou de femmes suspectés d’adultère pour se lancer à la recherche d’un tableau de Francis Bacon, « L’homme au lavabo », et de sa propriétaire, une certaine Victoria, membre de la jet-set du monde de l’art contemporain. Mais sa disparition, ainsi que celle de l’œuvre inestimable de Francis Bacon, intrigue un propriétaire de galerie de peinture à qui elle doit la moitié de la somme de « L’homme au lavabo ». Les deux enquêteurs s’embarquent dans une aventure éblouissante pour tenter de retrouver Victoria, une femme énigmatique à la sexualité débridée. De Paris à Hong Kong en passant par Pattaya ou Bâle, les deux enquêteurs approchent ceux qui sont susceptibles de les informer sur le tableau et son nouveau propriétaire.

Agnès Vannouvong nous fait apparaître des personnages pour le moins haut en couleur dans le milieu de l’art. Sexe, drogue, argent sont au centre de cette intrigue où l’on voit les personnages tomber les masques. A commencer par Frédérique. Cette enquêtrice en mal d’amour se laisse aller dans l’alcôve de ce milieu de l’art où séduire fait partie d’un jeu sans fin. C’est dans les bras d’une autre intrigante que Frédéric succombera. Quant à son collègue, devenir père à l’âge d’être grand-père lui fait monter des angoisses existentielles. Parmi les personnages croisés par le duo de choc, il y a un collectionneur chinois pour le moins étrange et obsessionnel. Et pour Victoria, son ombre réapparaîtra du côté de Miami pour un final en véritable feu d’artifice. Sans tomber dans le minimalisme de Richard Brautigan, Agnès Vannouvong a emprunté, dans l’esprit, le meilleur d’Un privé à Babylone.

Pascal Hébert

La collectionneuse, d’Agnès Vannouvong, aux éditions Gallimard. 143 pages. 15 euros.

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