Charles Trancart, oenophile

Marseille, juillet 2019, lendemain de finale de la CAN...

Savez-vous que l’Eure-et-Loir a été une terre de « petits » vignobles jusqu’à la fin du XIXème siècle ?
Cactus a interviewé Charles Trancart, un Chartrain qui cultive, lui, la passion du vin.

Charles, d’où vient votre passion du vin ?

Charles Trancart. Un oenologue en France est titulaire d’un diplôme national d’oenologie, il participe activement à l’élaboration du produit. Moi, je suis oenophile, un «  »titre » » qui ne requiert pas de qualification ; je me contente de déguster.

Je suis désormais un monsieur d’âge mûr, mais je suis un jeune oenophile puisque cela fait seulement sept ans que j’ai commencé à déguster de manière régulière. C’est une passion qui m’est venue par hasard, à la suite d’un long week-end passé sur la route des vins de Loire, au cours duquel je suis tombé amoureux de la façon dont les gens qui faisaient ou aimaient le vin, en parlaient. J’ai compris à ce moment-là que ce n’était pas un produit tout à fait comme les autres parce qu’en le commentant, en le décrivant, en le racontant, les gens parlaient aussi d’autre chose. De la terre, de l’histoire, des hommes, de la transmission, du temps et peut-être surtout d’eux-mêmes.

Quelle est, selon vous, la définition d’un vin de qualité ?

Charles Trancart. Le vin est d’abord et avant tout une boisson faite pour le plaisir des sens. Un vin de qualité, c’est donc celui qui parvient à vous plaire.

Elaborer un vin est un processus long qui comprend de nombreuses étapes de la vigne à la bouteille. Une erreur, un accident, peuvent avoir des répercussions sur les propriétés gustatives du vin produit. Chaque étape comporte un risque et suppose un choix de la part du vigneron. Dans la vigne, une vendange prématurée risque de produire un vin astringent aux notes végétales marquées. Au chais, trop d’oxygène et les bactéries acétiques se développent, le vin devient aigre. En bouteille, un bouchon de liège contaminé donnera un vin bouchonné au nez caractéristique de moisi et de carton mouillé. Et ce ne sont là que quelques exemples ! Pour plaire, un vin devra donc être exempt de défaut.

Je ne crois pas qu’il y a une définition unique d’un bon vin. En revanche, on peut dire qu’on apprécie généralement les vins en fonction de quatre grands caractères :
– l’intensité des arômes et des saveurs,
– leur complexité,
– l’équilibre entre les différentes sensations produites,
– enfin, la longueur, entendue comme la persistance des sensations aromatiques agréables une fois que le vin a quitté la bouche.
Un vin qui réunit ces quatre caractères est assurément un bon vin.

Êtes-vous plutôt bulles, rouge, blanc, rosé, sec, résineux… ?

Charles Trancart. Il y a bien longtemps que je n’ai pas bu de résineux, mais pour le reste j’aime tous les vins ! Un vin (dès lors qu’il est bien fait) peut apporter du plaisir s’il est bu au moment opportun, c’est-à-dire accompagné de la bonne nourriture ou de la bonne personne, ou des deux. L’inverse est vrai aussi d’ailleurs…

Quel vin le plus cher avez-vous jamais goûté ?

Charles Trancart. Franchement, je n’en sais rien. Je connais mal les vins au dessus d’un certain prix. Mais grâce à des dégustations organisées, il m’arrive d’avoir accès à des vins qui autrement dépasseraient de loin mes moyens. J’en cite trois, un peu au hasard, même si j’ignore leur prix exact :
• la cuvée Cristal du champagne Roederer, millésime 2006,
• un Chateau Rayas en Châteauneuf-du-Pape, 2005,
• un Chambolle-Musigny de chez Roumier, 2006.

Quel est votre classement des meilleurs vins français millésimés ?

Charles Trancart. Pour répondre à cette question sans trop de ridicule, il faudrait que j’ai dégusté au moins quelques-uns des plus grands vins français et sur plusieurs millésimes ! Ce n’est malheureusement pas le cas.

Je préférerais donc vous parler de vins parfaitement réjouissants que l’on peut trouver à moins de 10 euros. Par exemple, tout près d’ici le domaine Gigou, qui produit des Jasnières et des Coteaux du Loir absolument délicieux ; les vins rouges du Cellier Trémoine, en Côtes du Roussillon villages, qui étaient présents au salon du vin et de la gastronomie à Chartres cette année, avec une mention particulière pour la cuvée Moura Lympany ; vers Bordeaux, les vins de Florence Prud’homme, vigneronne et propriétaire du Château Saincrit, dont toutes les cuvées sont un régal ; et même en Bourgogne, les jolis blancs de la cave des vignerons de Buxy… Mais, bien sûr, il y en a beaucoup d’autres.

Et étrangers ?

Charles Trancart. Ici encore mon ignorance m’empêche d’avoir un avis autorisé. Je dirais donc juste un mot d’un type de vin que je viens de découvrir, les xérès de type fino, produits en Andalousie qui présentent des note de noix et de fruits secs qui m’évoquent les vins jaunes du Jura et dont la fraîcheur et la longueur en bouche sont incroyables. Ils ne sont pas très faciles à trouver en France, mais si vous avez l’occasion, ça vaut le coup d’essayer.

Que pensez-vous de l’ouverture des nouveaux marchés de production et de consommation de vin à cause de la mondialisation ?

Charles Trancart. Désormais on fait du bon vin presque partout. J’ai bu dernièrement un Auxerrois de la région du Limbourg au sud de Maastricht au Pays-Bas, parfait avec des huîtres. Pour acquérir quelques connaissances, j’ai suivi des formations dispensées par un organisme anglais à l’intention des gens qui travaillent dans le commerce du vin, le WSET. Les Anglais produisent peu de vins sur leur territoire, mais sont de grands amateurs. Ils connaissent, étudient et importent des vins de partout : Uruguay, Chili, Canada, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Liban…, et bien sûr d’Europe. Voir le monde du vin à travers leurs yeux élargit considérablement le terrain de jeu du dégustateur français.

Le vin biologique est-il l’avenir de la profession ?

Charles Trancart. «  »Bio » », «  »biodynamie » », ou simplement «  »culture raisonnée » », il me semble qu’effectivement une attention particulière est portée à produire des raisins et à vinifier de manière différente, moins intensive et plus raisonnable. Il faut, bien sûr, encourager ces démarches, ce qui signifie pour le consommateur être parfois prêt à payer un peu plus pour un vin qui a demandé davantage de soins. Mais il me semble que l’avenir de la profession est surtout dans le vin plaisant et bien fait. Je préférerais probablement un bon vin bio à un bon vin, mais je préférerais certainement un bon vin à un vin seulement bio.

Qu’avez-vous envie de répondre aux gens qui vous disent qu’ils n’aiment pas le vin ?

Charles Trancart. Blancs, rouges, rosés et même oranges, tranquilles ou effervescents, secs ou liquoreux, légers, opulents, délicats, fortifiés…, il y a une telle diversité de vins que j’ai du mal à croire qu’il n’y en a aucun capable de leur procurer du plaisir. Je leur dirais juste : «  »Ne vous découragez pas, vous finirez par trouver celui qui vous plaît ! » ».

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