Fille de métèque, de Pia Moustaki

Être enfant d’artistes et de célébrités est sans aucun doute difficile à vivre lorsqu’il faut se construire dans l’ombre de parents aussi géants que la Tour Eiffel. C’est le cas de Pia Moustaki. Dans un livre qu’elle a co-écrit, Pia Moustaki, fille de Yanick Varech, poétesse celtique, et de Georges Moustaki, poète méditerranéen, montre comment elle s’est débrouillée toute petite pour grandir entre ces deux êtres. Deux personnalités iconoclastes pour l’époque.

Yanick et Georges se sont mariés au début des années 50. Une petite fille comble ce couple de saltimbanques en 1954. Mais très vite happés par leur vie de poètes, Yanick et Georges n’échapperont pas à la séparation. Georges Moustaki connaîtra une idylle avec Edith Piaf. Musicien, auteur et chanteur en devenir, Moustaki apprend au contact de Piaf mais aussi de Brassens, rencontré ultérieurement et qui l’a encouragé à poursuivre sur ce chemin.

La suite on la connaît. Il y a deux tubes planétaires pour Georges : Milord chanté par Piaf et son propre hit Le Métèque. Tout au long de son enfance, Pia tente de trouver sa place dans la vie de ces deux personnalités que l’on peut qualifier de premiers beatnicks avant l’heure. Ballotée entre Yanick et Georges, Pia tente malgré tout d’exister dans l’emploi du temps de ces deux épicuriens et passionnés par les arts sous toutes leurs formes.

Au fil de l’écriture, Pia dresse le portrait de ses parents pas comme les autres. Les anecdotes ne manquent pas. Notamment ses rencontres avec, entre autres, Edith Piaf qui lui a offert une guitare ou Georges Harrison. Elle rappelle également son premier slow sur… Le métèque et ses premières amours. Pia a également chanté avec Georges Moustaki en 1979 Elle est elle, puis quelques années plus tard en Bretagne. Elle montre aussi la dureté parfois de son père mais aussi sa complicité. Dans son livre, Pia s’interroge sur certaines contradictions, comme le fait que Georges Moustaki pense à faire dire une petite prière le jour de ses obsèques. Athée pour beaucoup, il m’avait confié un jour de janvier 2006 être agnostique. Ceci expliquant cela.

Le récit de Pia, empreint de sincérité, est assez troublant. Au-delà des portraits croisés de Yanick et de Georges, on sent la petite Pia encore en embuscade dans leur vie, même si, pour écrire ce livre, elle a « laissé au vestiaire un reste de pudeur/Pour mieux se découvrir devant les projecteurs » pour reprendre ces quelques vers de la chanson Je suis un autre, véritable autoportrait de Jo Moustaki.

Pascal Hébert

Fille de métèque, de Pia Moustaki, éditions Plon, 18 euros.

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